Chapeaux de paille & boucles de chaussures

by mardi, juillet 23, 2013 0 points avant
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Tambourins à paniers

C'est par un temps charmant, ciel bleu sans nuages et plus de 40°C, que notre histoire commence. Nos héroïnes sont trois courageuses jeunes femmes (votre servante, Green Martha et la célèbre Tata-Fi-n'est-pas-histo qui devient bien bien histo)avec plein de points de vie de rab', et deux grabottes-fleurs de feu (je vous mettrais bien la musique le Mario, mais c'est Tonton Renaud -- le Samson de ses dames, accompagnateur au top -- qui l'a sur son mobile : les différends jingles ont rythmé ma journée).

La semaine précédente, elles avaient, ardemment et sans relâche, travaillé leurs casaquins plissés de leurs aiguilles magiques, même si l'un d'entre elles fut violemment et tristement vaincue par Bowser avant de finir le sien (qu'à cela ne tienne, elle avait une robe à l'anglaise magnifique, robe que j'aime comme si je l'avais demandée en épousailles, même si elle est en synthétique et cousue à la machine... mais la couturière/costumeuse n'arrête pas de répéter "pahisto ! pahisto !". C'est meugnon).

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Direction du jour : Vizille, petite bourgade entrée dans l'histoire par une porte grande comme le Parthénon, car c'est là, et non au Jeu de Paume de Versailles, qu'a commencé la Révolution Française, oui Madame. Et dans le château de Vizille est maintenant installé le Musée de la Révolution Française (note à la limite du hors-sujet : je le trouve vraiment très bizarre ce musée d'ailleurs. Que ce soit le choix des oeuvres -- plus de XIXe que de XVIIIe -- ou l'organisation de ces oeuvres dans les pièces du musée, je le trouve très brouillon. Je ne suis pas sûre qu'on en sort en ayant une vision très claire de la Révolution et de ses divers héritages.) Et tous les ans y sont organisées, le week-end qui suit le 14 juillet, "Les fêtes Révolutionnaires".

Pour être plus précise, ils organisent un an sur deux un évènement de grand ampleur. L'an dernier, c'était la bataille de Valmy dont une "impression" était offerte et l'an prochain, ce sera la bataille de Fleurus. Cette année, c'était un peu mort, pour être honnête : quelques démonstrations (mais ils ne démontraient pas grand chose quand je suis passée !) sur la place devant le château, et c'est tout. Quand il fait plus de 40°C, qu'on porte plusieurs couches de vêtements et qu'on balade deux minots curieux, c'est franchement décevant. Rajoutez à ça un parc enlaidi par des barrières métalliques partout PARTOUT (qui ne servent que pour la foule du son et lumières de la soirée, mais qui sont totalement dispensables en plein coeur de la journée) : euh...

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Heureusement, il y a les koupines, sans qui une sortie et un pique-nique en costumes ne sert à RIEN (oui, à la base, je considère que faire une sortie pour avoir l'air d'une princesse et pour se faire prendre en photo par des photographes semi-pros, c'est le Mal). Une sortie en costumes, c'est pour s'amuser, les photos c'est le fun en post-scriptum. La princessitude, c'est pour les bolos. (toi aussi, montre que tu travailles avec des ados) Et si en prime, on peut faire des recettes histos qui déchirent et faire un pique-nique kawaii avec des petits n'enfants tout pareils : c'est ça mon idée du bonheur (quoique le pique-nique en costume histo époque Meiji, dans un parc tokyoïte, ce serait carrément le nirvana :P )

Du coup, disons qu'il n'y a presque pas de photos de soldatesque, ou de gens costumés autres que nous, puisqu'il n'y avait pas grand monde. Je ne photographie plus les deux péteuses de Carmagnole Liberté, puisque 1) elles REFUSENT de se faire photographier ("OUI, je suis reconstitutrice, je tourne le dos volontairement le dos au public qui veux me photographier, c'est MON choix." Joie et bonheur l'an dernier...), 2), elles ne changent jamais de robes. Elles n'ont qu'un costume depuis 1000 ans. Les gens qui reviennent chaque année doivent apprécier cet effort de nouveauté, de diversité et de respect du public fidèle. Ca se situe entre le running-gag et le je-m'en-foutisme élitiste (et délibéré).

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V*lv*c était incroyablement modeux au XVIIIe, 
on ne s'en doute souvent pas.
Photo © Green Martha

Pour compenser l'absence de soldats, je vais parler cuisine, na. Nous avions fait une tourte aux herbes de 1392 -- la précision renforce le goût--, une tarte à la patate (pas douces) et canneberges du XVIIIe, et des pasties (chaussons à la viande) regency (recette anglaise). Pour la peine, et comme on me la réclame par ailleurs, je vous mets ma recette, à moi, des pasties, à la fin de l'article..

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Rhooooo, Tata Fi !!!

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Mon adora-mètre a explosé à ce moment-là : 
depuis il vogue paisiblement dans le monde des cacas-papillons

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Photos © Green Martha

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La position est historiquement attestée. Début XXIe siècle.

Tata Fi portait donc une robe qu'elle avait déjà portée à Vaux, en 2010. Son premier et dernier Vaux. Mon dernier. Le dernier de Green Martha. On va dire qu'il y a un motif caché dans le tapis... La robe était magnifiée hier par l'absence de Coins-coins la Riflette qu'on "aime tout pien" dans le fond de la photo qui donnent envie de sortir son crayon Bic-toshop et de faire des gribouillis dessus. L'environnement paisible autour ajoutait à ce Zen à l'anglaise retroussé en polonaise. Je vous ai dit que j'aimais cette robe ?

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Dernière photo © Green Martha

Green Martha, elle, est une super-woman super-maman super-couturière qui dépote. Elle a fait son costume, mais aussi celui de son fils, et adapté celui de sa fille qu'elle avait fait l'an dernier et fait de nouveaux accessoires pour la "petite fille cré mignonne". Dois-je préciser que ses costumes ne sont PAS baclés ? Qu'ils sont vraiment parfaits, et cousus avec amour et précision couturière ?

Laissez-moi donc vous présenter la star du parc de Vizille tout entier. Les gens s'arrêtaient pour ELLE, et la trouvaient adoooooooorable, suite à quoi elle répondait avec aplomb : "Photo !" Mesdames et Messieurs, du haut de ses deux ans, avec son caractère affirmé, ses joues rondes et ses petons potelés, son charisme hollywoodien : la Nazgulette Hilare !

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A droite, à gauche, est-ce que ça tombe bien ?

Plus difficile à photographier, car moins à l'aise avec les appareils-photos, le Heimlich : beaucoup d'énergie pour transformer un banc en bâteau-cuisine-trampolin, en veste, chemise et culotte 1780.

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Première photo © Green Martha

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Mais Maman dans son casaquin plissé en indienne n'était pas en reste. Ne lui parlez pas des 37,534 cm qu'elle a osé coudre à la machine, damned !, ou elle va réussir à vous sembler plus puriste à guillotine que moi... C'est vrai ça, aussi, c'est criminogène de vouloir gagner un peu de temps pour avoir un costume fini à temps. Quelle idée parfaitement saugrenue : au cachot, au pain moisi et à l'eau croupie pour la peine !

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Attitude.
Photo © Tonton Renaud avec appareil de Martha

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Photo © Tonton Renaud avec appareil de Martha

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Une pièce d'estomac, ça s'épingle. Et les épingles, ça se mange.

De mon côté, j'ai bien sûr fini le casaquin plissé en indienne dont j'ai déjà moult fois parlé sur ce blog. Dont je suis incroyablement fière : tout tout TOUT est histo cousu à la main. La robe qui m'a donné le plus de mal et de travail et de sueur et de bout de doigts abîmés et d'envies d'assassinat costumier depuis ma polonaise bleue. Même mes chaussures étaient raccords, avec boucles de chaussures, s'il vous plaît. Première fois que j'ai des chaussures correctes.

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oh ! des chaussures histos !
Photo © Tonton Renaud avec appareil de Martha

Cette ensemble a un potentiel kawaii totalement mésestimé au moment de sa conception : c'est la faute aux volants, c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau. J'ai un air de sucre d'orge, malheureusement gravement souligné d'une erreur de casting : ma coiffe. Je porte les cheveux très courts depuis près de deux ans, une coiffe large est donc absolument nécessaire pour pallier les dégâts d'une telle atteinte au bon goût historique. Sauf que voilà, j'ai perdu 20 ans dans la bagarre avec cet OCNI (Objet Coiffant Non Identifié). Pas une photo où je n'ai l'air jeune au point d'avoir envie de demander à la petite Heileen si ses parents sont venus avec elle. Gomen ne, c'est perturbant. Surtout pour moi.

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4 Photos © Tonton Renaud avec appareil de Martha

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Photos © Green Martha et Tonton Renaud
Non-euh, je ne fais pas la gueule sur la dernière photo, je suis pensive...

Il y a bien sûr aussi les photos classiques de sorties, comme les shoe-shots. Mais on a fait un brin original : princesses au pieds nus et... oh allez, je vous laisse chercher l'erreur sur la seconde ^^
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Le heurtage de culs contre paniers :

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Photos © Tonton Renaud avec appareil de Green Martha

A la fin, on a aussi joué au jeu des 3 dindes en rang d'oignons. Faire la dinde est permis lorsqu'on assume l'auto-dérision.

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Photos © Tonton Renaud avec appareil de Martha

L'album Flickr.


Et sans transition...

Les pasties regency

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(Green Martha vous a aussi mis sa recette de tarte à la patate ici)

La recette originale demandait de faire la farce d'un côté, et de remplir la pâte précuite avec, et de ne pas cuire les deux ensemble : c'est contraire à tous mes principes culinaires français de base. C'est anglais, c'est absurde. J'ai modifié férocement (ou pas). Mais en tout cas, j'ai beaucoup froncé des sourcils les deux fois où j'ai fait cette recette. Pour le reste, j'ai surtout francisé les ingrédients et géré le fait qu'il y avait des enfants (pas de vin).

Il faut commencer par faire une sauce au vin blanc, on la mettra ensuite dans la farce.

La recette demande de la faire avec 175 ml de vin blanc Mais comme vous n'avez besoin que de 3 grosses cuillerées à soupe de sauce dans la farce... vous réduisez un chouilla. A votre convenance. J'ai remplacé par du vinaigre balsamique et de l'huile d'olive au juger (quantité très raisonnable pour le balsamique), pour les enfants.
 - une cuillerée à soupe de farine
- un oignon nouveau (ou deux échalotes) haché
- deux grosses noix de beurre

Faire fondre à feu moyen le beurre et y mettre l'oignon jusqu'à ce qu'il  devienne transparent, puis ajouter la farine, et amalgamer au beurre fondu. A la fin, ajouter le vin. On ne fait pas réduire la sauce, sauf si vous avez mis beaucoup de vin. Avec la farine, elle doit avoir obtenue une consistance. Assaisonner à convenance.

Ajouter :
-25 grammes de champignons (n'importe) coupés en dés
- du persil frais
- ensuite ajouter 150 g de veau haché préalablement cuit et
- 150 de lardons / échine de porc coupée en petits lardons préalablement sautés
- vous allez sans doute avoir besoin de rajouter une grosse noix de beurre pour faire un peu sauter le mélange à feu fort.
Puis faire revenir quelque minutes en mélangeant bien le tout à feu doux.

Ensuite, faite des petits chaussons avec de la pâte brisée, et si vous êtes aventureux, comme nous, avec de la pâte brisée à multiples farines. Avec cette quantité de farce, on a fait 35 à 40 petits chaussons (ronds de pâte emportés au verre). Attention, les pâtes trop fines se déchirent à la confection.

Enjoy !

***

Hey ! Mais y'a encore du texte après la photo !


Et pour finir sur une note triomphale : demain aujourd'hui, mon blog fête ses 5 ans ! Pour célébrer son presque âge de raison, je suis en train de vous préparer un gros tuto (probablement en plusieurs parties) sur les techniques de coutures XVIIIe. Comme j'avais mon casaquin à finir, la sortie à Vizille et que je m'y suis mise très (trop) tard, je ne suis pas en avance sur la confection de ce tuto. Mais ça va venir, ça va venir !
Historico-puriste

Costumière amateure, historienne. Aime bien rappeler qu'avant d'être un hobby de Princesses Playmobil, le costume c'est aussi une représentation de la vraie vie des vrais gens du passé. Il m'arrive ainsi de manger au petit déjeuner des marquises néo-roccoco irrespectueuses de leur matériau historique.

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