Ô Indiennes !

Ô Rage
Ô Désespoir
Ô Costumiers ennemis
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infâmie ?

Il y a deux choses dont il faut se méfier quand on aime le costumes : les vendeurs de tissu et les costumiers amateurs. Je ne pourrais malheureusement faire l'honneur de donner deux neurones -- selon la formule maintenant célèbre -- ni aux uns ni aux autres. Si je résiste encore au crime de "la matière, c'est du satin", ça fait un moment que j'ai renoncé aux costumiers parisiens (enfin surtout costumières). A force d'avoir fait de multiples anévrismes cérébraux à les écouter raconter n'importe quoi, je me suis pris un Kraken. De temps en temps, je vois passer des conneries, et je secoue la tête  en me répétant ce fomidable proverbe polonais : pas mon cirque, pas mes singes. Mais la dernière connerie que je viens de voir passer m'emmerde plus. 



Ceci va donc être un mini mini rappel historique sur les Indiennes, d'où le titre. Mini, parce qu'un vrai rappel sur les Indiennes, c'est au moins deux heures de cours magistral.

Et donc tout de suite, réglons le problème : non, les Indiennes, ce n'est pas un spécialité des 20 dernières années du XVIIIe siècle, vous pouvez vous faire avec robe, jupon ou casaquin pour tout la deuxième moitié du siècle, facilement. Vous pouvez aussi vous faire un jupon ou un manteau de robe de noble pour la fin du XVIIe. Pour la première moitié du XVIIIe siècle, l'Indienne est plutôt réservée à la décoration intérieure. (sources : inventaires après décès parisiens. Dans les inventaires après décès des régions de Marseilles ou d'Arles, ou la Bretagne, près du port de Nantes, la possession et le port des Indiennes est endémique pendant la fin du XVIIe et tout le XVIIIe siècle)

On reprend : l'Indienne est nom commun que l'on donne à la fois aux tissus importés d'Orient depuis le XVIe siècle et aux tissus inspirés de ces tissus orientaux à partir de la fin du XVIIe, et surtout au cours du XVIIIe. Pour les tissus vraiment orientaux, on trouve aussi les noms de Perse et de "toille peinte" (oui je vous laisse l'orthographe d'époque, ça me fait plaisir), les Indiennes désignant plus souvent les tissus de coton imprimés inspirés de ces perses et "toilles peintes". Mais à l'époque, ils mélangent le vocabulaire (et aujourd'hui, les historiens sont bien emmerdés pour faire le tri). Et il y a aussi des toiles imprimés pinceautées en plus, donc un beau bazar au niveau des qualificatifs. Et pour certains tissus qui ont un nom spécifique (exemple, le chafarcani), la plupart des Français ne le connaissent même pas. D'où : Indiennes pour tous. 

Jusqu'en 1686, les Perses et les Indiennes sont légales en France, et ont beaucoup de succès. Beaucoup trop en fait. Les ventes de soieries lyonnaises plongent (elles sont une des grandes industries qui font vivre le royaume), et, même si la France a sa Compagnie des Indes et son comptoir à Pondichéry, le commerce de ces tissus profite beaucoup trop à la Compagnie des Indes Néerlandaises, et aux Anglais, qui commencent à grignoter l'empire commercial maritime des Hollandais. D'où, hop, 1686, Ordonnance Royale et prohibition de l'importation et de l'utilisation des toiles orientales. Et c'est un fiasco sans nom, parce que personne ne la respecte.

Dans un deuxième temps, les vraies Perses étant extrêmement chères, les plus chères étant les peintes, et le coton rare, puisqu'importé. Mais avec l'augmentation du commerce du coton, celui-ci est devenu plus abordable (alors attention, je vous vois venir : alors le coton c'est un tissu de pauvres ? Il y a coton et coton : et le coton de bonne qualité est toujours très cher. Seuls ceux qui ont des moyens se font des chemises en coton, parce que c'est du coton à la fois solide et beau, et qu'ils peuvent s'en racheter dès qu'elles s'usent. Les bourgeois et les plus pauvres restent longtemps à la toile de lin, parce que c'est plus solide, résiste mieux pour des usages et des lavages répétitifs, et que ces chemises ont moins souvent besoin d'être changées.), et des usines se sont crées un peu partout en Europe pour imiter l'impression à la planche (avec des blocs de bois). Parmi les centres d'impression les plus connus, la Hollande, la Suisse, l'Alsace qui n'est pas encore Française, l'Angleterre et...  Marseille. 

Oui, là je sens que vous tiquez. Mais Marseille, m'dame, c'était bien en France, là où c'est interdit ? Je confirme. Sauf que c'est par Marseille que le savoir oriental est arrivé en Europe au milieu du XVIIe. En fait, dès 1640, des Arméniens sous la protection de Colbert, se sont réfugiés à Marseille pour échapper aux persécussions, et en contrepartie, ils montraient leur savoir aux artisans Marseillais. C'est comme ça que certaines usines de Marseille se sont retrouvées à garder leur autorisation de produire après la mise en place de la prohibition, quand les Marseillais ne pouvaient plus officiellement les acheter : mais Marseille est un port, et d'un port on exporte.

Malheureusement pour la France, elle a aussi exporté ses Huguenots après la Révocation de l'Edit de Nantes, et comme beaucoup d'entre eux étaient des artisans justements spécialisés dans le tissu et l'impression, ils sont allés porter leur savoir et leurs compétences en Suisse, d'abord, puis ils ont essaimé en Europe. Et ça fait encore aujourd'hui beaucoup marrer les historiens étrangers.

Donc de 1786, jusqu'en 1759, date du dernier décret levant l'interdiction des Indiennes, les Français jouent à cache-cache avec les lois somptuaires. Les Indiennes ont toujours du succès, et dans toutes les couches de la société, puisqu'il s'imprime partout en Europe des toiles de toutes les qualités. Mais on les utilise en décoration ou en vêtements d'intérieur. Si on les porte en extérieur, on ne risque qu'une amende (les importateurs finissent eux en prison), mais tout le monde n'est évidemment pas capable de payer une amende.

Dans les années 1750, il devient évident que la prohibition va bientôt finir par tomber et de nombreuses usines commencent à s'installer illégalement en particulier à Nantes et à Rouen. La célèbre usine de Jouy ne s'y installe qu'en 1760, tout à fait légalement. Oberkampf, qui la crée, est un Allemand, passé par chez les imprimeurs de Bâles où il a appris le métier.

A partir de 1759, on peut donc officiellement s'habiller en Indiennes, mais on le faisait déjà depuis à peu près un dizaine d'année de manière plus ou moins discrète. Du coup l'utilisation des Indiennes dans l'habillement explose et augmente de manière exponantielle. En 1789, tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE, en a, dans sa garde-robe ou son intérieur. N'oubliez jamais l'importance du marché de la revente au XVIIIe. Oui, même les prostitués et les lavandières portent des indiennes. Pas que les petites bourgeoises.

Ce qui change avec entre l'époque de la prohibition et l'après, c'est la diversité des motifs : jusque-là, on se contentait d'essayer de reproduire des motifs orientax, mais à partir de la deuxième moitié du sciècle, on commence à inventer des motifs originaux. 

Et c'est ça qui fait la différence entre les indiennes au cours du siècle : la modification des motifs. Pas le fait que les Indiennes, c'est trop moderne pour du 1770 * facepalm*





Et par ailleurs, je tiens à souligner qu'on trouve de très bonnes repros d'indiennes ailleurs qu'à Paris, bande de snobs, la preuve par une Grenobloise :

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Green Martha, dans son superbe Casaquin plissé en indienne Mond*** Tis*** en juillet 2013 à Vizilles.

Reprise des opérations

Ce blog va se réveiller doucettement, c'est la rentrée.

Le Kraken est toujours là (enfin, en même temps, il ne s'en ira jamais), mais on est en train de le bourrer de p'tites pilules blanches, et la costumière commence à retrouver petit à petit son poids de l'an dernier. Je rentre à nouveau dans le dernier corset que je me suis fait (il y a un an, donc) mais il est encore un peu douloureux). Mais on y est presque !

Du coup, pour fêter un peu ça, avant-hier, je me suis fait prêter une jupe et un jupon par Audrey du blog En-robée, et on est allées danser le quadrille. La sortie était organisée par Val d'Atours, l'association d'Audrey, et vous pouvez voir quelques photos ici. Audrey était superbe (j'ai fini la soirée sur internet pour acheter le patron dont elle s'est servi pour sa robe), et moi-même sans corset, ça allait encore :

Merci à V. Forichon pour la photo ^^

J'ai donc plusieurs projets costumes tout d'un coup :


- Une jupe 1895-1910 basée sur les explications de 1894 de De Gracieuse découverts par Green Martha :

De Gracieuse 1894 De Gracieuse 1894

J'ai acheté un coupon de taffetas de soie noire pas cher pour ça.

- Bien sûr les sous-vêtements en me basant sur les recherches IN-DIS-PEN-SA-BLES de la même Martha.

- Un corsage blanc pour aller avec. J'ai un lin pour ça. Quelque part. Dans mon bordel. Je n'ai pas encore réfléchi trop à la question. Je peux aussi faire un chemisier en crochet.

- Une banderole de suffragette "La femme doit voter" pour aller avec l'ensemble :P


- Et pour m'occuper les douze prochains mois, un gros challenge XVIIe siècle organisé par Isis' Wardrobe. Il s'agit de reproduire le plus fidèlement possible une robe d'un tableau que l'on choisit. 

J'ai choisi une oeuvre d'un peintre dont on ignore le nom et que l'on a surnommé "le maître de la toile de jean" (il maestro della tela jeans, parce qu'il était actif en Italie du Nord à la fin du XVIIe siècle). Pourquoi ce nom ? Parce que ses personnages sont représentés clairement habillés de denim avant l'heure, et que ses toiles ont révolutionné l'idée que l'on se faisait de l'invention de la toile de Gênes, qui serait antérieure au XVIIIe siècle. Et surtout, qui serait une toile destinée à l'habillement des pauvres. La preuve en trois tableaux :

Femme cousant avec deux enfants

 
Femme mendiant avec deux enfants.

Portrait de femme se réchauffant les mains à un brasier

Plus sur ce peintre ici.

Je compte reproduire le costume de la femme cousant sur le premier tableau (usure et déchirures comprise, je vais m'amuser...), mais en m'aidant des deux autres pour comprendre comment est fait le costume. Clairement, sur le second tableau, le haut gris/noir est exactement le même, et on voit un tout petit peu mieux le devant. Sur le dernier, je m'intéresse aux détails de la veste rouge pour m'aider à comprendre de quoi il retourne sur le premier tableau.

Tout ça me fait donc pas mal de boulot pour les mois à venir.



BONUS

J'ai un jour promis d'essayer de répondre du mieux que je pouvais de répondre à mes #stasàlacon les plus débiles.


Celle-là j'ai dû me creuser, pas moyen d'y trouver une réponse costumée. Mais une promesse est une promesse. Voici donc un futur embryon piémontais :



Vieux papiers (2)

Il y a un an et demi, j'avais posté ma collection de gravures de mode, aujourd'hui, j'ai de nouvelles copines à leur adjoindre. 

Les recommandations n'ont pas tellement changé. Je ne veux pas voir MES gravures se balader sur des pages inconnues ou sur Tumblr (mais j'ai renoncé à interdire Pinterest, parce qu'au moins Pinterest fait le lien avec cette page ou avec Flickr). C'est ma collection perso. Je la poste parce que je pense que les archives se partagent, il n'empêche que je trouve assez malappris de récupérer des photos des collections des autres pour les reposter. 

Elles sont taguées : ne retirer pas les tags. Ce n'est pas pour emmerder le monde ou "abîmer" les images, c'est parce que, si ces photos sont partagées à la sabrac, je veux que les gens puissent en retrouver l'origine. 

Si manifestement vous ne pouvez pas vous empêcher de les reposter sur Pinterest, partager aussi les informations fournies : date et nom du magazine quant ils sont donnés. Si vous voulez reposter l'image sur un blog perso (par exemple, parce que vous reproduisez une des robes), demandez-moi la permission : ce sera facilement accordé, et cela me permettra de plus de profiter de votre création.

Quoi que vous vouliez faire de ces photos n'oubliez pas que j'ai pris le temps de les scanner (voir de les scanner en plusieurs fois et de les reconstituer pour les grandes), et que je les partage gracieusement (ce que je pourrais ne pas faire) : rendez-moi simplement la politesse.

***

NB : certaines des gravures ne portent pas de mention de date. Néanmoins, elles viennent d'un antiquaire qui a récupéré la très importante collection d'un dame qui avait l'air de s'y connaître. Des dates sont marquées au crayon sur la majorité des gravures.


gravures tags (9)
1814
(n° 1422) Costume Parisien

gravures tags (3)
1827
(n° 2533) Costume Parisien

gravures tags (2)
1827
(n° 2524) Costume Parisien

gravures tags (4)
1827 (?)
(n°491) Petit Courrier des Dames

gravures tags
1829
(n° 2720) Costumes Parisiens 
(je ne sais pas si le pluriel, ici, est normal, ou la preuve qu'il s'agit d'une copie)

gravures tags (5)
1830
(n° 68) Le mercure des Salons 
(copie du Petit Courrier des Dames ?)

gravures tags (6)
1831 (?)
(n° 824) Petit Courrier des Dames

gravures tags (10)
Mai 1854 ? (quatrième année du magazine)
(n°8) Musée des Familles

gravures tags (11)
Septembre 1856 ? (sixième année du magazine)
(n°12) Musée des Familles

gravures tags (7)
1er septembre 1857
Journal des Jeunes Personnes

gravures tags (12)
1870
(n° 16) La Mode Illustrée

gravures tags (8)
1872 ?
(n°4) La Mode-Miniature (Magazin-Bijou Illustré)
Celle-là et une curiosité pour moi : non seulement le magazine m'est inconnu, 
mais le format est surprenant : cette gravure n'est pas plus haute que ma main !

gravures tags (13)
16 juin 1874
(n°218) La Mode Universelle


Conservation & atrophie de la mémoire

Bon, c'est juste un embryon de réflexion qui me traîne dans la tête depuis quelque temps. 

Hier, en traînant sur le web, j'ai découvert un nouvel exemple de robe à la piémontaise. 


Qu'est-ce qu'un robe à la piémontaise me direz-vous ? C'est ce qu'on a l'habitude d'appeler un OFNI, un Objet Textile Non Identifié. Un mix improbable entre la robe à l'anglaise et la robe à la française, avec les plis du dos rattachés en haut dos et à la jupe, mais libres tous le long du dos.

En la matière, le mot "habitude" est exactement celui qui convient. On a beaucoup d'habitudes quant à la manière dont on parle de la mode et du costume : la robe à la française et la robe à l'anglaise sont "normales" mais la robe à la piémontaise est "rare", parce que les unes sont conservées par centaines d'exemplaires dans le monde, malgré leur ancienneté, et qu'il n'existe qu'une poignée des autres ; l'anglaise retroussée est une polonaise et la vraie polonaise un vulgaire court-circuit de notre manière de penser ce type de robe, parce que, encore une fois les premières sont plus nombreuses dans les musées que les secondes.

Et tout le problème est là. A quel point notre regard sur ce qui se portait autrefois est -il biaisé par des accidents de conservation ? Le XVIIIe siècle est un bon exemple pour analyser cette question, et pas seulement parce que c'est ma période de prédilection : les vêtements du XIXe sont beaucoup plus nombreux à avoir été conservés, et l'accès des gens à une garde-robe qui mérite ce nom était plus vaste (depuis le dernier quart du XVIIIe, en réalité), mais le XVIIe, par contre, a laissé trop peu de pièces pour qu'on puisse y voir une stratégie plus ou moins consciente de conservation, ou d'absence de conservation. Par contre avec les costumes que le XVIIIe, si on accepte de décaler le regard, on peut tout de suite déterrer des anomalies. 

Revenons à notre robe à la piémontaise. Alors, rare ? Jusqu'à l'arrivée d'internet, et la numérisation des collections de musées, je peux comprendre qu'on lui ai dévolu ce qualificatif : il n'y en a pas en France, ni en Angleterre, une au Danemark, par contre, il y en a plusieurs en Espagne. Mais le fait est là, il y en a plusieurs conservées. Maintenant que l'on peut recouper les collections, les ventes aux enchères, et les collections particulières, il en reste six, peut-être sept. Sans compter les collections privées méconnues. Rare... pas exactement. Peu courante, oui.

On peut essayer de faire une comparaison : combien reste-t-il de "vraies" robes à la polonaise conservées ? J'en ai recensé 11 classiques (dont une en salle des ventes, incroyablement mal exposée et photographiée) et je suppose que Galliera doit en avoir une ou deux en plus. Et 7 "dérivées" (polonaises que j'appelle "courtes" à défaut d'un autre nom). Mais là aussi, on parle de pièces rares. Ce qui est encore plus discutable.

Bien évidemment si l'on compare ces 6 et 18 face à la pléthore des robes à la française et à l'anglaise, on a un déséquilibre certain. Mais si l'on prend le problème dans l'autre sens, on a d'autres déséquilibresd tout aussi flagrants : 18 polonaises conservées pour le nombre absolument absurde de gravures, de tableaux ou de textes qui la représentent, c'est relativement peu. Et paradoxalement, 6 piémontaises pour une seule gravure, et un vêtement virtuellement jamais mentionné dans aucun texte, c'est un chiffre trop élevé. Si la polonaise était si courante, pourquoi en a-t-on si peu ? Si la piémontaise était si rare, pourquoi en a-t-on autant ?

Je précise évidemment que je n'ai pas de réponses à ces questions, et qu'il n'y en aura sans doute jamais. Mais elles devraient nous forcer, en tant que costumiers amateurs ou professionnels, en tant que passionnés d'histoire du costume à essayer de réfléchir à la manière extrêmement distordue dont nous recevons, interprétons, et redistribuons les habitudes vestimentaires anciennes. C'est bien sûr un sujet récurrent dans l'étude du costume, dès qu'on parle de costume populaire contre costume des élites, et l'écrasante sur-représentation de la seconde. Mais ici, on a un problème plus vaste qu'une préférence élitiste qui est inhérente à l'art et aux musées par ailleurs.

La question se pose pour les piémontaises et les polonaises, mais elle se pose pour beaucoup d'autres type de vêtements : où sont les lévites ? il n'en reste AUCUNE. Les robes battantes ? Moins d'une quinzaine (je ne les ai pas toutes dans mon tableau Pinterest, les nombreux liftings du site ayant tendance à bouffer mes images) Pourquoi si peu d'habits d'équitation, et encore moins de tenues de chasse ? Pourquoi pas de pantalons ? Pourquoi si peu de vêtements de gros ? Contrairement à la légende, il y avait des gros avant l'industrie agro-alimentaire. Etc. Des exemples, il y en a à la pelle.

La question est donc : que choisit-on de conserver, et pourquoi ? Et n'avons-nous pas reconstruit, par des absences de pièces ou de gravures, ou au contraire une profusion des deux, des habitudes vestimentaires faussées ? N'avons-nous pas ré-interprété, sur-interprété, sous-interprété ces habitudes ?

La polonaise, omniprésente ? peut-être. Mais on n'en trouve pas tant de mentions dans les inventaires après décès. Au vu des gravures, elle domine la mode des années 1770. Et pourtant, on en conserve peu. Pourquoi ce "rejet" après autant de succès ? A-t-elle été considéré comme une mode passagère sans intérêt à posteriori ? Ou lui a-t-on associé une réputation sulfureuse ? J'avais trouvé dans un livre, il y a quelques temps (il faudra que je le retrouve pour photographier la page, parce que c'est une image que je n'ai jamais retrouvée ailleurs) une gravure des années 1780 montrant un groupe de prostituées : elle portent toutes des polonaises. A-t-on oublié de la conserver, ou a-t-on voulu en effacer le souvenir ?

La piémontaise, rare ? Et si elle était tellement ordinaire, commune, qu'elle n'était pas considérée comme de la mode ? Après tout, on n'a que très peu de notion sur ce que portaient au quotidien les bourgeoises de province. Ou les aristocrates espagnoles A quel point les oeillères franco-centrées que l'on impose à l'étude de la mode du XVIIIe siècle déconstruisent les vrais usages européens des modes ?

Que choisissons-nous de conserver dans nos armoires, nous, enfants du XXe ou du XXIe siècle ? Comment envisageons nous la mémoire textile de nos vies ? Gardons-nous nos vieux jeans ? Quels jeans finiront aux musées : Levi's, Guess ou mon jean sans marque ? Et d'ailleurs, dans deux siècles, le jean sera-t-il encore considéré comme une mode ou sera-t-il oublié des musées et des conservateurs.

J'ai évidemment beaucoup plus de questions que de réponses, et j'en ai beaucoup plus que je ne l'imaginais en démarrant cet article (dont je pensais qu'il ferait deux paragraphes au mieux). Mais je pense qu'on n'engage pas assez de réflexion sur la sociologie et la psychologie à la fois du costume et des représentations qu'on en a eu à travers le temps. A force de ne vouloir que reproduire la beauté de l'objet costume, on oublie peut-être pourquoi on s'est tous et toutes lancés dans ce hobby un jour : pour essayé de capturer une certaine réalité historique. Réalité historique qu'on n'a peut-être à peine commencé à toucher du doigt sous la couche d'interprétations erronées.


Bon... les insomnies, ça me rend un peu cafardeuse, je crois.

Kraken

_ Chef ! Chef ! C'est encore vivant !
_ Arrêtez de raconter des conneries, Jean-Jacques*, j'ai fait l'autopsie de la chose moi-même. C'est mort et bien mort.
_ Mais chef, ça bouge dans le cercueil. 
_ Ne soyez pas ridicule : on a prit sa thyroïde, on a mis de l'iode bourrée de déchets radioactifs dedans, et c'est resté flasque comme un mollusque.
_ Bah,... heu... maintenant que vous en parlez, je dois vous dire qu'il y aussi des tentacules qui lui poussent sur le visage.
_ Ah putain, ça c'est la faute à Fukushima.
_ Heu, en fait, heu... chef, je crois que c'est plutôt parce que la chose a voulu qu'on l'enterre avec les oeuvres complètes de Lovecraft et de Janet Arnold.
_ Un appel de Cthulhu en robe à la française ? Mon p'tit Jean-Jaques, asseyez-vous, il faut qu'on parle prévention des drogues.
_ Mais monsieur, si c'est un poulpe, nous sommes perdus.
_ Pas de panique, Jean-Jaques, on ne paniquer qu'en cas de Kraken. Tenez, prenez un Xanax, mon garçon, pendant que j'appelle Sainte-Anne : ils pourront sûrement vous aider.

*fan d'OC, je suis.


L'appel des Statsàlacon


Cette année, ce blog est malheureusement bien parti pour avoir un tracé presque plat. Comme ma production de costumes. En cause, comme le souligne Jean-Jacques, des problèmes de santé kraken : la thyroïde, mais sans le collier de barbe de tentacules, même si franchement avec les tentacules, ce serait moins si pire. 

En quoi ça m'empêche de faire des costumes et de bloguer, vous allez me dire ? Déjà, si vous posez la question, c'est que vous n'avez jamais rencontré une thyroïde en vrai : si un jour vous en en croisez une dans la rue, changez de trottoir, c'est une salope vicieuse, la thyroïde, elle vous tirera dans le dos. Accessoirement, c'est aussi une glande en charge de vos hormones : en gros, elle contrôle tout votre corps. Quand elle ne fonctionne pas, vous êtes réduit à l'état de larve par la fatigue. Couture ? Out. Blogging ? Out. Il m'a fallu deux jours pour écrire cette minuscule bavure.

En plus, l'hypothyroïdie, ça fait anormalement grossir. Donc pour le moment, mes costumes ne me vont plus, et en faire de nouveaux qui ne m'iront plus à leur tour quand mes problèmes de thyroïde seront régulés, ça botte moyennement ma motivation.

Académiquement parlant, je ne suis pas totalement inactive pour autant, puisque j'essaye de finir un mémoire de master sur l'expression politique par les signes vestimentaires pendant la Révolution Française (Le tissu politique : expression politique et sociale à travers les signes textiles pendant les journées d'octobre 1789, über-love, chwanana, I  History). Ceux qui suivent un peu ce log savent que la Révolution, c'est un de mes gros gros dadas. Si j'en suis satisfaite, j'en partagerai les meilleurs morceaux sur ce blog quand il sera fini.


Donc voilà, tout ça pour expliquer le silence actuel, et pourquoi il va durer sans doute encore un peu. Mais on ne s'inquiète pas, d'ici septembre, j'espère vraiment avoir repris un p'tit peu du poil de la bête. Tchüss et cousez bien :)
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Statsàlacon

Quelqu'un est arrivé cette semaine sur ce blog avec une stat à la con pas si con que ça : "gravure perruque en feu".

Or il se trouve, braves gens, que cette gravure existe vraiment, et je m'en voudrais de décevoir mon public en ne montrant pas mon immense savoir, ma célérité dans la recherche.... ou beaucoup plus simplement mon don pour faire cracher des réponses à Google. Ouais, là ch'uis plutôt douée, ma bonne dame :P

Sans plus attendre : 


A Doleful Disaster, or Miss Fubby Fatarmin's Wig Caught Fire
1813
par Thomas Rowlandson

Je devrais répondre à plus de statsàlacon, moi.

Neuneu alert

Il n'aura échappé à personne que les commentaires de ce blog sont modérés depuis un certains temps. Parce que je n'accepte pas de me faire traiter de truie par des mollusques en deuil de leur coquille. Parce que les ânes qui viennent la fleur au coin des dents pour défendre le droit à la grossophobie ne méritent que mon mépris. Parce que les gens qui un diplôme de droit en chocolat et sont convaincus que huuuunnnn, dire pétasse c'est délictueeeeeeeux.... (non), ne méritent pas le droit de s'exprimer dans une conversation d'adultes. Parce que les drônes téléguidés qui parlent au nom des autres devraient essayer de se préoccuper d'avoir un cerveau à eux, ne serait-ce que pour avoir quelque chose à léguer à la science.

Néanmoins, il existe des neuneus qui explosent le mur du çon en me sortant des perles du genre "comme on dit, patience et sympathie sont vertu (sic) de princesse" après m'avoir insulté, et là, nous avons une belle tumeur à arracher.

Toute bécassine qui se respecte devrait quand même prendre la peine de faire ses recherches quand à mon rapport psychanalytique aux princesses (je les vomis) et surtout aux stéréotypes de genre à la con : comment te dire, chère adepte du cliché... Les filles qui aiment coudre peuvent aussi aimer monter les meubles IKEA, se passionner pour les comics Marvel, mater des films de baston asiatiques, et apprécier le fait que le rose était plus une couleur d'homme que de femme au XVIIIe et que quatre des plus grands monarques de l'histoire européenne, anciennes princesses, ont été des femmes puissantes sans sympathie ni patience. Autant dire que ton appréciation de la qualité de princesse est digne de Grazia.

Ce n'est pas parce que vous êtes sur un blog de couture et de costume que c'est un blog qui revendique forcément les stéréotypes traditionnellement attachés à ces deux activités. En fait c'est même tout le contraire : ici, on revendique le droit de les libérer des stéréotypes. C'est même un peu l'un des buts principaux du blog. Mais pour être capable d'appréhender cette notion, il faut avoir les capacités intellectuelles qui vont avec. Ce n'est pas donné à tout le monde.

Maintenant j'en ai marre de me fader les réflexions de parfaites inconnues du genre je connais pas ton blog hi hi, je pourrais le trouver intéressant même si je l'ai pas lu et que j'ai pas le temps de le lire hi hi, mais je prends 10 minutes de ma vie pour te dire que t'es un monstre obèse hi hi et oh ça m'a fait trop du bien cette conversation. Voui, je suis obèse, et troméchante et je hais les princesses. Loué en soit le Grand Chwanana. En espérant qu'Il vous offrira le grand saut vers l'âge adulte et son action critique. Si vous n'aimez pas mon blog, frères et soeurs neuneus, vingts dieux... ne le lisez pas ! Gardez vos réflexions pour ceux que ça intéresse. Arrêtez de vous lâcher dans mes coms, j'en ai ma claque de passer la serpillère.

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