Statsàlacon oyé oyé

Comme tout un chacun, vous vous êtes levé ce matin avec le désir brulant de chercher sur internet un 


Je m'en voudrais de vous laisser repartir bredouille. N'étant pas d'un naturel masochiste, je n'ai pas sorti de corset de cuir pour l'occasion, mais je pense que ceci saura satisfaire les besoins de n'importe quel adepte du SM qui déciderait de revenir sur ma page.

A correct view of the new machine for winding up the ladies” par Wiliam Heath, 1828

De rien, ça me fait plaisir.

Et si cet instrument vous dit décidément quelque chose, c'est normal :

Ils l'ont reproduite dans le film Mirror Mirror. Malheureusement vous arrivez trop tard pour l'acheter pour vos longues soirées d'hiver.
Allez, c'est pas grave, il vous reste sûrement un.e soupirant.e prêt à se mettre à la tâche, non ?






La moustache de Pierre, et autres détails

Qu'est-ce qu'on peut continuer à lire comme conneries sur les blogs français, c'est affligeant. Aujourd'hui, je me sens vachement moins bête, dites : j'ai appris qu'on pouvais faire une blague raciste sur les cheveux afros pour parler de coiffures XVIIIe siècle, qu'être en cheveux, c'est malpoli, que les lunettes pendant l'Ancien Régime, c'est maaaaaaal, que la moustache n'a jamais existé en 1700 et quelques, que les conventions sociales d'apparence c'est seulement une question de bonne éducation et de respect des gens que vous croisez, que la crinoline a existé au XVIIIe siècle, etc... Bref, j'ai l'impression d'avoir pris de l'antigel, et de me l'être versé dans l’œil pour me nettoyer le cerveau. Ça fait MAL, bourdiouche de chèvre de Dieu !

J'avoue que je ne sais pas par quoi commencer...

La remarque raciste me semble un bon début. Elle l'a modifiée pendant que j'écrivais cet article, mais elle a oublié que le cache Google ne ment jamais :

Avant


Après que plusieurs personnes lui ai mentionné en commentaire que c'était raciste.


Vous apprécierez le commentaire "très Jackson Five". On applaudit bien fort Fanny.

Allez, maintenant, on s'occupe du reste.

1 ) Les conventions de civilité et de respect de l'autre, patati patata, parmacha... non. Les conventions sociales de l'apparence, c'est d'abord une question de considération de soi-même, comment on se voit, et comment on veut que le reste de la société nous voit. Ce sont des conventions beaucoup plus calculées que la simple politesse, aujourd'hui, comme autrefois. Si ma grand-mère porte toujours ses cheveux longs en chignon, c'est parce qu'elle ne veut pas qu'on médise d'elle, pas parce qu'elle se soucie de respecter l’œil du passant, ou parce qu'elle est bien élevée. Elle sait que les conventions sociales actuelles -- belles saloperies, entre nous -- disent que les cheveux longs représentent la sexualité féminine et qu'il est indécent qu'une vieille femme ose avoir une sexualité passée la ménopause. Ma grand-mère se soucie plus de ne pas paraître indécente, que de ne pas l'être réellement.

En ce qui concerne la reconstitution historique, le but du jeu est de comprendre les normes de représentation de chaque époque, pour essayer de les reproduire, pas d'obéir à des commandements bêtes de l'ordre du : "c'est malpoli !". Ce qui est malpoli pour une duchesse de la Cour de Louis XV ne l'est pas pour la femme d'un marin du Havre et inversement. Chacun évolue dans une société précise qui a ses propres codes. Ces codes incluent aussi les impératifs économiques. C'est bien beau de dire qu'une femme doit toujours porter un chapeau quand elle sort, mais les chapeaux (en ce qui concerne les femmes) sont réservés aux élites : bourgeoisie de moyens et aristocratie. Les femmes d'économies plus faibles portent des coiffes. Mais là aussi il y a des variations : chez les bourgeoises commerçante, maîtresses ou épouses de maîtres (le plus haut degré de capacité dans les domaines de l'artisanat et autre : 5 ans d'apprentissage, plus 5 ans de compagnonnage, le tout payant, et cher), la coiffe portera dentelle et dévoilera les cheveux, chez les marchandes de fleurs et les fruitières, la chevelure sera entièrement cachés sous la coiffe. Normes de pudeur et de représentations différentes, mais aussi, encore une fois moyens différents : on se fait coiffer par un coiffeur, quand on expose ses cheveux, parce qu'on veut montrer qu'on en a les moyens. L'espace public est celui où on construit sa réputation. Il ne s'agit aucunement de politesse ou de bienséance, mais de tactiques de construction de l'image de soi. 

Les femmes portent-elles toujours coiffes et/ou chapeau ? Être en cheveux, c'est forcément malséant ? On va pas trop se faire chier, on va regarder ce que nous disent les images.

Erzherzogin Maria Christine, par Marcello Bacciarelli, 1766


Marie du Muralt, par William von Moll Berczy (Peintre québecois d'origine allemande)

Portrait de femme, par Marie-Victoire Lemoine, 1790

Je résume : elles sont riches, elles sont en intérieur, elles sont en cheveux. Des questions ?

Les hommes portent-ils toujours le chapeau ? Oui et non. En intérieur, jamais. Alors que les femmes qui portent un chapeau en extérieur, ne l'enlèveront pas en passant en intérieur (en visite), les hommes si. Le chapeau masculin est un objet de représentation dans l'espace public, pas dans l'espace intime. Au XVIIe, certaines perruques hautes ne permettaient pas de porter de chapeau sur la tête. On le gardait souvent sous le bras. C'est un objet qui porte beaucoup de significations hiérarchiques, économiques, et sociales. Hiérarchique, parce qu'un chapeau avec ou sans cocarde (avant la révolution) va signaler des liens militaires. Sociale, parce que si les hommes plus ou moins riches portent le tricorne si connu, les petits bourgeois se signalent par le port du chapeau rond (très élusif pour le costumier, d'ailleurs : pas moyen d'en trouver un représenté correctement) les couches populaires par le bonnet. Ces deux derniers portent des stigmates sociaux : quand on veut dénoncer le Duc d'Orléans comme comploteur qui a organisé les journées d'octobres 1789, on l'accuse d'avoir été vu dans le Faubourg Saint Antoine (quartier populaire fortement insurrectionnel de Paris), en habit bourgeois et chapeau rond : pas seulement une déchéance pour un prince de sang, cousin du Roi, prétendant au trône, mais une vraie salissure pour celui qui l'accuse. La petite bourgeoisie est entaché d'un aspect, d'un paraître pas tout à fait digne. Économique enfin, parce que le chapeau, comme la dentelle sur la coiffe et les cheveux faits par un coiffeur, témoigne de la valeur économique de son porteur aux yeux de tous : laine ou castor, la différence se voit de loin.

Vous noterez aussi que quand on réduit toute la complexité des apparences vestimentaires à travers les siècles à une question de convention et de politesse, de gens "bien mis", finalement, on va largement à découvert dans son mépris de ceux qui seraient éventuellement "mal mis" : les pauvres. Soyons clairs, seuls les mendiants, et ceux qui vivaient au bord de la mendicité étaient "mal mis" (et encore, ceux qui luttent pour garder la tête hors de l'eau, quelles que soient les époques, sont souvent ceux qui font le plus d'efforts pour obtenir quelques bribes de paraître "conventionnel"). Croire que les pauvres sont naturellement mal mis, premièrement, c'est afficher sans complexes ses idées politiques 2015-Les Républicains Pétainistes, deuxièmement, c'est reprendre la propagande et l'opinion des élites de l'époque. On ne fait pas de l'histoire comme ça.

 
2) La crinoline a existé au XVIIIe siècle. Mouarf.... ha ha ha ha haaaaaaa !

La crinoline est inventée au XIXe, elle tire son nom du tissu de crin avec lequelle elle était faite avant d'être faite d'une cage métallique. Avant 1850, point de crinoline donc. Mais des paniers. Oui, je sais, les mots ont un sens, c'est super chiant. Le panier fait ses débuts vers 1705-1710, on n'a pas la date exacte. On sait seulement que vers 1720, il est largement décrié par les censeurs, dans les sermons religieux, etc. Il est alors... rond. Ben oui. Il ne dure pas longtemps, dit-on, ce paniers rond ? Comme c'est celui qu'on met en particulier sous les robes volantes (ou battantes), ancêtre de la robe à la Française, on va dire qu'il a une belle vie. Il prend petit à petit une forme ovoïde avec les liens à l'intérieur qui se ressert. Il se fige dans cette forme autour de 1735-1740. Donc oui, le panier rond a existé, ce n'était pas une crinoline, et il a quand même pas mal duré, même s'il est peu représenté dans la reconstitution.

La prochaine fois que vous entendez quelqu'un parler de crinoline  au XVIIIe siècle, vous lui tchiper votre mépris à la gueule de ma part. Quiconque ne sait pas utiliser le vocabulaire de base devrait être privé de reconstitution.


3) Les lunettes dans la reconstitution, c'est maaaaal. Et les fauteuils roulants, c'est mal aussi ?

Bref, un handicap, est un handicap, ça ne se discute pas, point barre. Quelqu'un vous fait une remarque parce que vos lunettes ne vont pas avec la robe à paniers ? Dites-lui que la taille de vos lorgnons est proportionnelle à la taille de sa cervelle. Et cracher-lui à la gueule. Mérite même pas un tchip, ce genre de crétin.e.

Petit détail, par contre, pour les faux-culs : "mais on ne va pas s'acheter une paire de lunettes pour chaque époque !" Je possède une paire de lorgnons anciens fin XIXe - début XXe. Ce sont des lunettes rondes à fine montures métalliques. Vous savez quoi ? C'est à peu de chose près la même forme qu'au XVIIIe. Si vous êtes très branchés reconstit', vous investissez dans UNE paire, qui vous servira aussi de rechange pour le quotidien. Sinon, basta. On ne discute pas avec le handicap. Mais les arguments frelatés, arrêtez.

4) La barbe et la moustache, marque d'un grand laisser-aller au XVIIIe...

Pierre Ier de Russie, mort en 1725, salue les cons. Oui, incroyable, 1725, c'est au XVIIIe siècle.

Pierre Ier de Russie (détail), par Jean Marc Nattier, 1717

On ne le répètera jamais assez : CONTEXTE ! En Russie, au XVIIIe, la moustache, ça passe. Pierre Ier a fait officiellement supprimer la barbe qui se portait encore à la fin du XVIIe, mais il a gardé sa moustache. Il est probable que dans beaucoup de campagne française, barbes et moustaches passent aussi. La "mode" des élites et des centres urbains, n'est pas un dictat pour tout le pays, ni toute l'Europe ou le monde occidental. Et ne confondez pas "laisser-aller" avec "méprisons les couches populaires qui ont du poil au menton".

***

Faire du costume, et de la reconstitution, ce n'est pas exactement la même chose. Si vous n'aimez que les frous-frous, vous êtes dans le déguisement plus que dans le costume, et les conseils d'historicité d'X, Y ou Castaflûte, vous n'en avez de base rien à carrer. D'ailleurs, vous vous êtes perdus en venant sur ce blog. Si vous cherchez à reproduire au plus près une réalité du costume, vous faites de la reconstitution, même si elle se limite au vêtement. Parce que le costume, c'est plus que du tissu, c'est l'histoire des mentalités. Et si vous faites de la reconstitution, vous devez donner de votre personne, faire des recherches : vous devez vous intéresser à ce que vous essayer de reproduire, le comprendre. Ça vous prendra des années, vous ferez des faux-pas, vous testerez des théories (l'histoire est une science sociale), vous vous amuserez beaucoup. Vous ferez tout ça vous-mêmes, et vous en serez sacrément fiers. Vous n'irez pas suivre des conseils débiles sur un blog débile. Vous picorerez des idées, des analyses sur plein de blogs et vous les vérifierez par vous-mêmes. Mais je le répète, vous ne suivrez pas une liste de conseils débiles écrits à la hâte. Par respect pour votre propre intelligence, et par respect pour votre hobby. Parce que le seul bon conseil qu'on doit donner à quelqu'un qui fait de la reconstitution, c'est :

FAIS TES  PROPRES RECHERCHES !  

Tu me remercieras plus tard pour le meilleur conseil qui soit au monde.

Questions indiscrètes

Audrey du blog En-robée m'a attribué un blog award (merci ! Et en plus, elle m'a fait le meilleur compliment qu'on pouvait me faire) et des questions auxquelles répondre. 

- remercier et mettre le lien vers le blog d'origine
- insérer l'image à votre blog
- dire quelques choses inédites sur vous
- répondre à mes questions indiscrètes
- distribuer à votre tour

Je vous avouerai que j'ai la flemme de redistribuer. Le monde des costumiers n'est pas si grand que l'on ne puisse pas dire que tout le monde a reçu un award au moins une fois. Par contre, je veux bien jouer le jeu par ailleurs et vous citer des blogs intéressants à la fin de cet article.

Des choses inédites sur moi... hum... J'ai déjà dit des choses sur moi la dernière fois qu'on m'a attribué un blog award.

1 - J'ai déjà des cheveux blancs, beaucoup, pour des raisons multiples et variées. C'est maintenant mon excuse pour me teindre les cheveux en tout ce qui ne ressemble pas à ma couleur naturelle, un blond foncé trop proche du châtain qui est terne à en mourir.
Bon en fait, j'ai commencé à 18 ans en optant pour le noir corbeau. Avec ma peau blanche cachet d'aspirine, c'était très... graphique, dirons-nous.

2- Je collectionne les poupées Monster High. Même pas peur. J'en ai déjà costumé une en robe à tournure.

Victorian

3 - Je fais un projet 365 jours : prendre une photo par jour pendant un an. Je me suis imposée la contrainte de photographier uniquement des poupées. Ça pousse à être créative en dehors du costume (sachant que je ne sais ni dessiner, ni faire de la musique). J'ai un blog dédié.

4 - Je suis extrêmement bordélique. J'ai toujours l'air de ne pas m'en sortir quand je fais un truc (même à mes propres yeux), même un costume. Le manteau de lit que j'ai porté dimanche dernier a commencé comme un grand tas de n'importe quoi éventuellement appelé tissu. Ce n'est que mercredi dernier que j'ai enfin pu dire sans mentir : mais ça ressemble à un vêtement, ce truc ! Il ne faut pas me demander d'être logique, ça me fait perdre le fil. Mon cerveau est rangé de manière bordélique. Imposez lui un autre schéma, il y a surchauffe d'où...

5 - ... je suis une vraie romantique : je m'évanouis quand j'ai trop chaud. Enfin, surtout quand mon cerveau a trop chaud. (Lété, mon ennemi intime.) Mais jusqu'à présent, jamais en costume.
 Laissez-moi vous le dire, dans la morne et terne réalité, les évanouissements, ce n'est ni romantique, ni très gracieux. On ne s'évanouit pas en faisant une révérence comme dans les films, on tombe tout droit, comme un balais, généralement la tête la première sur le carrelage. Glamour à en crever littéralement.

6 - La robe qui m'a donné envie de faire du costume, c'est celle-là :


J'avais 8 ans, j'allais pour la première fois au Victoria and Albert Museum, et je suis tombée en adoration. Bon maintenant, je pense que c'est une grosse meringue, mais je garde une petite tendresse pour elle.

Les questions d'Audrey :

1. Quelle époque vous fait peur à faire... trop difficile, trop extravagante...

Peur ? Rien. J'ai des envies/pas envies. Mais rien qui m'effraie vraiment. Après, j'ai des époques qui me tentent esthétiquement, mais que j'évite pour des questions de santé : j'adore la période Belle Époque-19001909, mais les corsets en S, pour mon dos, c'est un non quasi définitif. Je cherche à contourner, parce qu'il y a des corsets de cette époque qui ne sont pas des agressions contre le dos. Mais je recule devant la quantité de test de corsets à faire. Je hais faire des corsets. Viscéralement.

2. Quel tissu préférez-vous travailler ?

J'ai plutôt toujours envisagé les choses du point de vue de "qu'est-ce que je déteste coudre ?" et le synthétique arrive en premier, à chaque fois. Et à chaque fois pour des raisons différentes : soit le tissu chauffe désagréablement dans les mains pendant qu'on coud, ou il s'effiloche avec des fils qui collent partout dans l'appart pendant des semaines, soit le fil s'accroche dans le tissu à chaque point, se tord méchamment au fil de la couture, grigne, etc. A côté de ça, même le satin de soie paraît sympathique à coudre.

Mais, à choisir, le lin est franchement ce qu'il y a de plus agréable à coudre.

3. Décrivez un projet commencé mais abandonné.

Un robe 1848, avec multiple volants sur la jupe. Je n'ai pas totalement renoncé à la faire un jour. Pas totalement...

4. Quel costume de film aimeriez vous porter/coudre ?

Cette robe brodée du film Goya's Ghost. Je suis sûre qu'elle est inspirée d'un vrai costume espagnol, en prime, comme le sont certains autres costumes du films. Le film est atroce, les rares costumes portés par Nathalie Portman sont extraordinaires.



5. Quel costume national/régional aimeriez-vous réaliser ?

Bigouden 1840s. Je suis bigoudène par ma mère, le costume bigouden du XIXe, c'est mon premier amour. Je rêve aussi de reproduire une robe de mariée quimpéroise de 1880. Rouge et argent. Amour amour amour.

6. Une entorse à l'historicité que vous n'oseriez pas avouer ?

Que je n'ose pas avouer ? Difficile de répondre, parce que j'essaie de toujours dire le plus honnêtement possible quand je fais une ou plusieurs entorses. En général, parce qu'elles m'énervent moi-même. (A part les baleines, qui sont une entorse obligatoire pour toute personne respectant un minimum les gros mammifères marins.)

7. Une envie insolite de costume, hors de vos habitudes ?

Insolite, je ne sais pas, mais je rêve de faire une robe entièrement au crochet irlandais ou bigouden. Hors de ma zone de confort ? Oui et non : je crochète, plutôt bien même, mais j'ai toujours réussi à éviter les gros ouvrages, encore plus les gros ouvrages de malade ! Donc oui, une robe entière au crochet, c'est largement hors de ma zone de confort. 


Des blogs inspirés et inspirants, et pas forcément assez connus : 

- A Damsel in this Dress : couturière/costumière pro. Brillante, et pas arrogante.
- All the Pretty Dresses : Isabella fait un travail de MALADE sur ce blog. Elle répertorie des dizaines d'annonces Ebay de costumes anciens. Une source IN-DIS-PEN-SA-BLE.
- Anno 1776 : Je suis toujours très admirative du réalisme de ses robes et de sa mise. Elle a l'air "vraie' à chaque sortie qu'elle fait.
- A Most Peculiar Mademoiselle : Puriste et modeste. <3 br="">
- The Shadow of my Hand : des costumes très élaborés, jusque dans les plus petits détails. Wow effect assuré.
- Katafalk : la SEULE costumière capable de me donner des fantasmes de costume du Haut Moyen-Âge et du début de la Renaissance.


Et si des gens se sentent assez inspirés pour répondre à mes questions, tout le monde est libre de le faire, dans les commentaires ou sur leurs blogs :

1) Qu'est qui vous a donné envie de faire du costume ? Si c'est un costume (de film ou de musée) une petite photo serait appréciée.

 2) Comment vos ancêtres auraient-il été habillés, disons au XIXe ? En ce qui m concerne, d'un côté, mes ancêtres étaient passementiers à Saint-Étienne, des ouvriers donc (J'ai de rares photos de famille de la fin du XIXe siècle : l'une de mes bisaïeules a gardé la même robe pour des photos qui ont 20 ans d'intervalle !), et de l'autre paysans en Bretagne, dans la partie la plus pauvre de la Bretagne (pas de photos, mais en Bretagne, ce sont les débuts du costume régional, donc Bigouden pour mes ancêtres. Pensez sans broderie, la brderie, c'était pour les riches et les jours de fête.).

3) Couture main ou machine ? Évaluez en terme de pourcentage le degré de votre grain de folie (ou d'absence de). Je suis à 95% de couture main...

4) Quelle est votre moyenne de temps pour confectionner une robe/ensemble ? et un ensemble complet (dessous compris) ?

5) Quel est le / la costumière qui vous a inspiré le plus à vos début ?
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Le retour du roi à Paris des dames de la Halle à Grenoble


37°C. Même les biches et les faons sont écrasés par la chaleur à Vizille et se planquent à l'ombre. Mais les petits pirates sont faits d'un autre bois. Ils résistent aux tempêtes, aux monstres marins et aux chaleurs de Vizille.


Bien sûr, le costume du petit pirate a été entièrement fait par sa maman, Marion de Green Martha, qui avait aussi fait la multi-choupinounette-princesse (elle aime les princesses et le rose, malheur malheur... Mais on lui pardonne : elle a 4 ans.)


A l'exception de la coiffe, qui est ancienne et qui n'a pas tenu toute la journée (RIP, petite coiffe, tu fus GRAVEMENT adorée), Marion a donc fait deux costumes ultra-kawaii et parfaitement historiques en plus du sien. Et ça fait sacrément du bien de voir des enfants pas costumés en libertins de pacotille du XVIIIe. Honnêtement. Et pas seulement parce que libertin de moins de 13 ans, c'est glauque. Seul bémol : quand on est accompagnés d'enfants bien costumés, les adultes deviennent LITTÉRALEMENT invisibles ^^

Pourtant, on était assez cools (petite minute d'auto-satisfaction sauvage).

 








Mes poches bien pleines ne m'ont absolument pas gênée. On peut même les remplir beaucoup plus, par exemple avec de quoi faire un petit ou gros en-cas.

J'avais aussi promis de vous montrer une façon de modifier sa coiffe utilisée à la fin du XVIIIe par les femmes du peuple pour se protéger de la pluie, et probablement aussi du soleil. Ce n'est pas seyant, je préviens tout de suite ! Je me suis inspirée de ces images que j'ai oublié de sourcer dans mon article précédent ("Au bûcher !") :

Il existe au moins une version en allemand, à Carnavalet,
de la même époque, je ne sais pas laquelle est l'originale.


On peut utiliser soit un torchon blanc avec des bandes de couleur (torchons anciens de grand-maman), ou un mouchoir de cou ou de tête, pareil dans des teintes de blanc : l'important, c'est que ça ne jure pas avec la coiffe. J'ai pas mal expérimenté pour éviter le look bonne sœur, du coup, mon torchon est placé un peu plus loin sur le coiffe que sur les illustrations. On n'échappe au ridicule pour autant. Mais cela devait fonctionner bien pour protéger la coiffe de certaines avanies, ainsi que la nuque pas toujours bien couverte pas le fichu.



Pour le déshabillage de la dame de la Halle, il vous faudra attendre une petite semaine.

Les dames de la Halle


Dimanche, ma fidèle comparse et moi allons nous encanailler aux fêtes révolutionnaires de Vizille. Cette année, nous avons décidé très tôt de faire enfin des costumes vraiment populaires. La dernière fois, nous étions en casaquins plissés et nous passions plus, surtout moi, en tissu coordonné des pieds à la tête, pour des bourgeoises. Cette année donc, aucune concession : nous seront des femmes du peuple des chevilles à la tête (ouais, au niveau chaussures, moi, je serais en moderne. Je n'ai pas encore de bonne chaussures historisantes pour du populaire.)

Qui dit costume populaire, dit manteau de lit, dont on trouve le patron dans L'art du tailleur de Guarsault. (vous trouverez une version débroussaillée en anglais moderne sur le site de marquise.de. Je rajouterai juste à son adaptation de ne pas oublier de rallonger les manches. Je ne l'ai pas fait, et clairement, elles sont trop courtes. Elles sont censées arriver au milieu de l'avant-bras. Une fois leurs extrémités repliées, les miennes m'arrivent aux coudes.)

Nous avons donc fait toutes les deux des manteaux de lit. Martha a bien sûr, comme chaque année, aussi fait les costumes de ses enfants, mais ça surprise !, vous les découvrirez au retour de Vizille. Par contre, elle a déjà posté son manteau de lit sur mannequin.

J'avais déjà tout le reste des éléments. Je comptais vous faire un habillage (ou un déshabillage) complet (avec explications : mais pourquoi a-t'elle mis son fichu à l"extérieur de son manteau de lit ?) , mais il fait 37°C... alors ce sera pour un autre jour ^^ Même l'explication pour le fichu. Oui, je suis vache, avec vous. (En fait, c'est pour me forcer à vous faire l'article en question plus tard dans la semaine). 



Mais souris enfin ! *crève de chaud*

Par contre, je vais vous montrer mes petits plus.

Je voulais un costume réaliste. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de vraiment fatiguer le tissu, pour lui donner l'aspect d'un tissu qui a vécu, par contre, j'ai travaillé comme une couturière du XVIIIe siècle, parfois avec l'aide de ma nouvelle maladresse en couture et de ma tête de linotte.

La doublure est multipiécée : je l'ai prévue ainsi.


J'ai volontairement déchiré mon tissu en pans trop petits pour couvrir toute la largeur du vêtement (qui est par ailleurs très large). Et je peux vous dire que les trois quart de la couture de ce vêtement très simple est passé dans le piéçage. C'est looooong. 

Je n'avais pas prévu de piécer tant que ça mon tissu de dessus (tissu IKEA très épais et très très lourd. Je ne m'en étais pas rendu compte en l'achetant.) Mais comme une linotte que je suis, je suis partie en vacances sans mes morceaux de tissus restants, et je suis tombée en rade. Retourner chez IKEA ? Il fait 37°C ! Et puis, c'est tricher. J'ai donc piécé avec des petits restes d'un autre tissu.

 

Je n'en avais aucun qui avait la bonne couleur, j'ai donc essayé de trouvé un tissu neutre : sombre et uni, mais pas noir (trop voyant). Une bande prise sur un bras est cachée dans le repli, et les morceaux pris dans les plis de côté, son partiellement cachés à la fois par les plis et le tablier.

 

Les morceaux récuppérés ont servi à piécer le col et les goussets sous les bras.

J'ai aussi, par maladresse, déchiré mon tissu au niveau du cou : parti caché par le fichu, mais visible quand porté sans le fichu. Aujourd'hui, on recouperait la pièce pour qu'on ne voit rien ou presque. Mais au XVIIIe, les vêtement, sont rares et chers. On rafistole de partout.


J'ai donc recousu ma déchirure.


Autre petit plus : les poches ! Non pas les poches elles-mêmes (qui sont dépareillées, certes, mais ne sortent pas de l'ordinaire), mais leur contenu. En m'inspirant de cette transcription partielle (les hommes sont encore à faire) que j'ai faite, j'ai essayé d'imaginer ce que pouvait avoir dans les poches une femme de la Halle, ou simplement une femme du peuple, en 1789. La différence entre l'évènement (la tragédie) transcrit, c'est que celui-ci parle du contenu des poches des gens sortis le soir pour aller voir un feu d'articice. J'ai essayé d'imaginer ce que pouvait être les poches d'une femme dans la journée, avec ses instruments de travail, mais aussi, les élements de base qu'elle pouvait avoir dans les poches, les choses oubliées, et quelques objets de loisir ou de dévotion. (Je porterai tout ce qui suit dans mes poches dimanche, pour voir si c'est crédible, ou si j'ai les poches trop pleines :P ) 



 


Ce qui donne :

- Un mouchoir de col supplémentaire, en coton léger rose à petits motifs noirs. Il appartenait à mes grands-tantes. Je ne saurais pas le dater, mais il passe assez bien pour du XVIIIe.

- Un torchon/chiffon. Le mien est encore trop propret, même s'il a vécu. Un torchon d'usage quotidien aurait peut-être mérité le nom de chiffon à l'époque. Avec l'usage, il ne devait pas être en meilleur état qu'un vieux chiffon. A la fois pour le travail (les femmes de la Halle vendent légumes fruits, poissons et viandes), mais aussi pour se protéger la tête en cas de pluie sans doute.


 Dimanche, j'essayerai d'en faire une photo pour vous montrer ce que ça donne à peu-près en vrai.

- Un chiffon non ourlé tenant lieu de mouchoir à moucher.

- Un couteau. J'ai choisi ce genre de couteau plutôt qu'un opinel par exemple, parce qu'il est sans marque sur le manche (contrairement aux opinels), et parce que je suis sûre qu'il existait à l'époque (contrairement, encore, à opinel)  : c'est un couteau de ce genre qui a tué Henry IV. C'est donc aussi un couteau facile à trouver à Paris (vente ou échange). Par ailleurs, c'est un couteau solide pour le travail et pour le quotidien. Tout le monde a son couteau dans la poche. Les couverts sont rares. On pique et mange sur le pointe de son couteau.

- Des ciseaux. Usages mutiples et variés. De très nombreuses femmes ont leur ciseaux sur elle, pour couper des ficelles pour envelopper les marchandises, couper du tissu, du fil, si on fait de la couture, etc.

- Un tire-bouchon. A la Halle, on vend de l'alcool, un tire-bouchon est donc un instrument qui paraît évident dans les poches d'une dame de la Halle. Mais pas seulement. Il faut se rappeler que tout au long du XVIIIe, on considère (à raison) que l'eau transporte des maladies. En France, cela se traduit par la toilette sèche (se laver à l'eau serait dangereux) et par une peur de boire de l'eau. On pense au contraire que boire de l'alcool est meilleur pour la santé, l'alcool tuerait les maladies. Le peuple ne boit donc presque que de l'alcool, non pas parce qu'il est "soûlard" comme il se lit dans les descriptions de l'époque et des historiens réactionnaires, mais parce que c'est la manière de vivre de l'époque, c'est "hygiénique". Le dernier quart du siècle voit une évolution des mentalités, l'eau est de mieux en mieux acceptée. Mais il est plus facile de s'en procurer qui soit potable quand on est riche. Louis XVI a fait installer une fontaine publique dans Paris. UNE. Ce fut un gros changement pour une partie du peuple, mais pas pour tous.

- Un étui de bois, pour mettre par exemple de longues aiguilles ou des piques à chapeau à peu près similaire à celle montrée ici : pique avec une fausse perle.

- Un petit étui de bois pour mettre des jetons de jeu. Les miens, ici, sont à priori du XVIIIe (j'ai un énoooorme doute...), et sont en nâcre. Ceux de ma marchande de légumes auraient probablement été en bois. Pourquoi des jetons de jeu ? Parce que le jeu fait partie du quotidien, on joue beaucoup à l'époque moderne. Une femme qui travaille près des tavernes et sans doute avec elles, comme fournisseuse, devait sans doute jouer de temps en temps à des jeux de cartes. Elle aurait pu avoir un paquet de cartes, ou un reçu de tombola, par exemple.

- Une bobine de fil

- Un coussin carré pour piquer des épingles. A porter dans les poches, ou, comme moi, suspendu à la taille. Plutôt un élément de la vie de maison de ma marchande. Mon coussin, trouvé dans les affaires  de ma grand-tante, appartenait sans doute à mon arrière-grand-mère ou à mon arrière-grand tante, toutes les deux couturières de profession. J'ai rajouté le lien. Il resssemble par la forme à ce petit pique-épingles :

Chardin, Petite fille jouant au volant, 1741

- Un dé à coudre (que j'ai oublié de photographier).

- Une petite bourse en cuir (la mienne est en faux-daim) pour mettre de l'argent, ou des petits objets comme le dés à coudre.

- Un craie (ici de tailleur), pour marquer les prix sur son étal, par exemple.

- Un chapelet de fausse perles dans un papier plié. J'ai trouvé la manière de l'emballer très intéressante (cf transcription), je l'ai donc reproduite.


- Un livre de messe. Ici un livre de 1905, mais qui a la taille et le poids que devait avoir au XVIIIe, ces petits livres de dévotion. J'ai bien un livre d'étude des belles lettres (!) de 1805, mais il fait deux fois cette taille et pèse deux ânes morts.

- Une petite boîte métalique contenant deux anneaux d'oreille en similor (mélange de zinc et d'étain qui ressemblait à l'or, très à la mode à l'époque. Les miennes sont sans doute vulgairement en alu ^^ ). J'envisage, de les mettre dans le petit étui de bois avec les jetons de jeu, je ne suis pas satisfaite de la véracité de la petite boite métalique.

- Deux papiers : une vieille liste de courses de légumes (récupérée en ligne) chiffonnée et oubliée au fond des poches trop profondes. Et une quittance que j'ai trouvé qur le même site (quittance de bois) et que j'ai très légèrement modifiée (Aaaaah Photoshop...).

- Manque une grosse clé ancienne, lourde (de maison). Je n'en ai pas sous la main qui ne soit pas déjà utilisée (la cabane de jardin de mon père) et pleine de graisse (iiiikkkk !!). Mais c'est un élément indispensable dans les poches, et un élément qui pèse lourd.

Tous ces éléments ou presque, se trouvent sous une forme ou une autre dans les poches de la transcription citée ci-dessus.


Rendez-vous lundi pour la suite !