Couvrez ce cul que je ne saurais voir...

" Par de pareils objets les âmes sont blessées, 
 et cela fait venir de coupables pensées." 
(Tartuffe, de Corneille Molière, bien évidemment. Ferrant... en voilà un, de Tartuffe. )

Vous l'aurez sans doute compris, suite à l'article précédent, je me suis relancée dans la confection d'une polonaise (plusieurs en fait, mais c'est une autre histoire). Il y aura donc d'autres articles sur le sujet. Mais avant de parler de la robe elle-même, il faut en passer par les "unmentionables"(je ne suis pas sûre que l'expression soit historique, d'ailleurs). Parce qu'une polonaise, comme toute robe XVIIIe, repose sur une structure. 

On ne sait pas exactement quelle structure était porté sous les polonaises à leurs débuts. Le "négligé polonais" date d'au moins 1768 (première mention que j'ai trouvée, dans le Courrier de la Mode), on considère que la robe est devenue à la mode en 1770-72. Le terme 1772 est mentionné autour de 1778 dans la Galerie des modes comme marquant le début des polonaises ; il faut sans doute comprendre qu'elles deviennent all the rage cette année là, mais qu'elles sont nées avant. A cette époque-là, la structure classique est le panier, mais le faux-cul commence à apparaître (ou plutôt, juste "cul". Mais on ne voudrait pas tomber dans le trop graveleux, n'est-ce pas ? ^^ Pas de "cul de Paris", pas attesté en français à l'époque. Un peu comme plis Watteau.... D'ailleurs, pourquoi parlerait-on de cul de Paris à Paris, ou n'importe où ailleurs en France ? En Finlande, éventuellement... Je dis Finlande, car j'ai vu la terme utilisé dans un livre sur l'histoire du costume XVIIIe en Finlande, mais comme je ne lis pas le finnois, je n'ai pas moyen de savoir si le terme était utilisé à l'époque, ou si c'est un usage moderne)

Il est donc logique que la polonaise éventuellement portée à ses débuts sur des paniers soit finalement (et sans doute assez rapidement) portée sur un faux-cul. Pourquoi rapidement ? Parce que le principe de la polonaise est quand même d'avoir le volume sur l'arrière grâce au retroussis. Les paniers sont plutôt en contradiction avec cette idée.

J'ai déjà des faux-culs, mais ils ne m'ont jamais satisfaite. Ca fait des années que je cherche à me faire un cul plus gros, plus effectif, mais l'inspiration historique faisait défaut. Je connaissais un certain nombre de caricatures sur le sujet, mais une caricature reste une caricature : à quel point est-elle crédible ? Quelle est l'inspiration de l'auteur (presque toujours des hommes qui n'ont peut-être jamais la bête de près) ? Et puis, le but d'une caricature est d'exagérer l'objet de son affection.

Je connaissais celle-là que j'aime beaucoup, en particulier les culs en forme... ben, de culs, justement ! Des culs formant de belles paires de fesses. Adorablement débiles : le rouge que porte la femme de droite, et le rouge et le blanc suspendus au mur en haut à gauche.


Jusqu'à ce que je trouve cette autre caricature, ce type de cul ne m'avait jamais semblé crédible (les deux culs sur le mur). Or ce dessin est fait par un caricaturiste différent. Si deux caricaturistes choisissent (qui plus est à deux ans d'intervalle) de représenter plus ou moins de la même façon, le même objet, il a bien fallu qu'ils aient une inspiration commune. Non ?

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Et tout cas, ça m'a suffit pour tenter un truc. Restaient un certain nombre de difficultés d'interprétation de ces dessins :

D'abord, quilté ou non quilté, ce cul ? Les faux-culs sont parfois piqués (la première caricature en représente plusieurs de ce type), sans doute pour contrôler leur volume. J'ai essayé sur le mien, mais j'y ai renoncé, car la forme "de fesses" en pâtissait. Et c'est quand même l'effet anatomique qui m'intéressait ! 

Deux coussins séparés ou pas ? La deuxième caricature propose un cul à trois lobes (le rose). Encore une fois, j'ai primé l'effet anatomique, et j'ai opté pour deux lobes, mais je les ai fait en une seule pièce. Mais je pense que les faire en deux parties est tout à fait histo.

C'est quoi cette jupette ? Je pense qu'elle ne se situe pas sous le cul (c'est à ça que tu vois que les caricaturistes n'ont pas la moindre notion pratique de l'objet, mais juste un usage visuel), mais à son extrémité et que son but est d'empêcher les jupons de rebiquer sous le coussin pour se plaquer aux jambes derrière. Je l'ai reproduit pour la forme, mais le mien est d'un usage presque nul, puisqu'il est en coton léger. Or, ce genre de cul, et sa jupette, étaient sans doute fait en tissu de crin, assez solide pour remplir son usage. Je précise que ce volant est un des éléments les plus quiche de mon petit gros faux-cul !

J'ai aussi choisi de ne pas bourrer à mort mon cul d'ouate (là, j'ai mes #statsàlacon pornos qui vont grimper d'un coup, d'un seul), parce que je voulais un objet léger et d'un volume contrôlé. Mais à l'époque, ce genre de cul était le plus souvent rempli avec du liège : léger, mais volumineux. Je voulais compenser : l'objet est déjà imposant par lui-même (mais moins que sur la caricature), et encore plus pour une femme de mon format. Ce n'était pas la peine d'en rajouter.

Maintenant, les photos. Prises dans mon hall (puisque je n'ai toujours pas de glace en pied chez moi). Où bien sûr -- bien sûr -- malgré toutes les précautions prises, j'ai été surprise par plusieurs de mes voisines d'un certain âge : je suis mourrue d'humiliation à répétition face à l'une de mes voisines de plus de 85 ans qui n'a évité la crise cardiaque qu'en m'assassinant du regard. Il faut souffrir pour la cause histo...

Le cul lui-même : il est adorablement débile, non ? Je l'aime :)

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Le placement très bas peut surprendre. C'est un choix : c'est mon derrière que je veux accentuer, pas ma taille. Deuxième point : je suis très très cambrée naturellement. Si je met le faux-cul sur le haut de mes fesse, il culmine plusieurs centimètres au-dessus de ma ligne de taille !!! Pas possible.
(précision : mon corset est mal serré, et en plus, je l'avais fabriqué à une époque où je ne savais pas qu'on devait mettre des baleines en métal autour des oeillets. Leçon apprise à mes dépens.)

Une fois enjupée : l'effet que j'avais toujours recherché !!!! Happy Panda !!
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Dis Heileen, pourquoi elle est mochedouille et mal mise ta jupe ? Parce qu'elle zone depuis plusieurs années dans ma liste de truc à refaire, parce que je ne l'aime pas (le dos surtout, qui avait été baclé en 20 minutes). Pourquoi elle est mal mise ? Parce que j'ai découvert qu'elle n'était pas assez grande pour mon faux-cul ! Et ça, c'est embêtant : toute mes jupes sont faites avec la même quantité de tissu : 1,50 m de large pour le devant, idem pour la dos. Et ben, c'est plus assez pour le derrière.

Screugneuhgneuh.

Mais on ne va pas chipoter. Devoir refaire des jupons pour aller sur ce cul, c'est bien le seul reproche que j'ai à lui faire. 

Polochon svedois

Ayant accès à un vrai scanner pendant mes vacances, j'ai re-scanner correctement le patron de la robe à la polonaise version costume national suédois.

polonaise

Entre temps, comme j'étais étonnée qu'aucun scandinave ne l'ai jamais mentionné, j'ai décidé de faire une petite recherche internet : bien évidemment, une bloggueuse avait déjà posté ce patron. C'était resté sans doute assez confidentiel car elle mettait en avant le fait l'aspect costume national suédois, plutôt que polonaise. N'empêche, rendons à César Isiswardrobe la primeur de sa découverte.

Le plus difficile avec ce patron, c'est de comprendre de quoi il retourne. Parce qu'il est en suédois ! Qui plus est du suédois du XVIIIe siècle. Et moyennement lisible aussi (écrit petit).

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Cliquez pour les voir en grand sur Flickr.

Merci à Eva Andersson  et à Tove Grandjean pour leur aide inestimable !

Förklaring / Explications

Räcken / La robe
1) Framstycken / Devant
2) Bakstycken / Dos
a. Garnering / Garniture
b. Upfästiningen / Attaches pour relever [la polonaise]
c.d. Vecken i Sidorne (Sidorna) och ryggen / Plis des côtés et de l'arrière
e. Linien, form räcker jämt till golfvet / Ligne où l'ourlet atteint le sol (tracé vert)
f. Släpet (släpar) pä Hof Drägten (dräkten) / Traîne pour costume de Cour (tracé rouge)
g. Släpet (släpar) pä Allmänna Drägten (dräkten) / Traîne pour le costume commun (civil) (tracé violet)
k. En nödig variation i Skjärningen (skärning) / Une variante nécessaire (ou possible) de la coupe (sans variante sur l'image 1 et avec sur l'image 2) 
3) Ärmen till Hofdrägten / Manches du costume de cour
4) Galler dertill (därtill ?) bestäende af / "Grille" de celles-ci consistant de
l.l.l. Tre Rimsor (remsor) till lit-Ärmen / Trois bandes [de tissu] pour le dessus de manche
m.m.m Tre Rimsor (remsor) till in-Ärmen / Trois bandes [de tissu] pour le dessous de manche
5) Ärmen til Allmänna Drägten (dräkten) / Manches du costume commun (civil)

Kjortelen / Jupon (jupe)
6) En Väd, lik med de öfrige (övrige) / Un lé [de tissu], comme le reste [du tissu de la robe]
n. Öfra Linningen / Ourlet [bordure] supérieur[e]
o. Tyunkningen upptill / Fronces en haut
p. Kappan / Volant [falbala] (littéralement : lambrequin :D )
r. Rimfan / La bande [de décoration]

Lifvet eller Corsetten / Le corsage alias le corset
7)  Framstycken / Devant
8) Bakstycken / Dos
9) Gärnering / Garniture
10) Snörhälen / Œillets [de laçage]
10. 11) (oui il y deux 10) Tvänne (två) Halezkragar (halskragar) / Deux cols

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Image 1 et 2 (obviously)

Une fois décrypté le texte très succinct (instructions de couture ? où ça ? où ça ?), il faut comprendre de quoi il retourne. C'est en effet un patron pour plusieurs type de robes, dont il ne faut jamais oublier qu'il s'agit d'un costume officiel. Même appelé "costume commun (ou civil)", c'est un costume national, voir nationaliste. Mais pas un costume régional. Pour le dire plus clairement, ce n'est pas un costume populaire. Mais alors pas du tout.

Historiquement, le costume national suédois est une curiosité unique au monde. Le XVIIIe siècle est le siècle de la mode, du luxe et de la naissance de la consommation moderne. Il n'y pas qu'en France que les marchandes de modes font fureur auprès des aristocrates et des grands bourgeois (au passage, je rappelle, qu'elles créent aussi des accessoires pour hommes, en particulier des nœuds d'épée). L'économie liée au luxe fait la fortune des uns et la ruine des autres. En Suède comme ailleurs, les autorités essayent de lutter contre ces dépenses ostentatoires : car l'une des particularités du luxe, c'est l'expansion de l'importation qui l'accompagne, au détriment de l'industrie locale. Or, les industries locales de textiles sont souvent les industries principales du pays (comme les soieries de Lyon, pour la France).

En 1778, le roi Gustav III de Suède, qui est un souverain assez novateur (un despote éclairé), prend cette décision un peu bizarre de créer un costume national destiné aux couches supérieures de la société (celles qui avaient les moyens de suivre les fluctuations du marché du luxe, donc) pour restreindre leurs moyens de s'adonner à leur péché-mignon. Le costume était très codifié, et les tissus et décoration à utiliser aussi. Il existait une version de cour et une version civile. Je ne sais pas si ça a vraiment fonctionné. Toujours est-il que le costume masculin n'a pas tenu, mais le costume féminin, après quelque transformation est devenu le costume officiel de la cour de Suède.

La version de cour, toujours noire et rouge.

 
La version civile féminine, ici

Pour ceux que ça intéresse, j'ai fait un tableau Pinterest. Pour le moment, il n'y a que la version féminine dedans.

Pour en revenir à notre patron et à la polonaise : il faut absolument prendre en compte que ce n'est pas un patron de polonaise classique. Il a été transformé pour s'adapter à une "mode" unique, et aux besoins afférents : comme la traîne pour le costume de cour. D'ailleurs, je suis très surprise que la traîne du costume civile soit plus longue que celle du costume de cour !! Les nœuds de "relevage" ne sont pas non plus au bon endroit : si vous regarder l'image du dessus, ou les deux du dessous, le manteau est à peine relevé.

ici et ici. Il n'est pas précisé s'il s'agit de la version de cour ou civile.
Mais les manches plaident pour la version civile.

Evidemment, on peut choisir de respecter les longueurs données, voire faire des essais avec les trois longueurs pour se faire une opinion. Mais je pense que le ligne d'ourlet au ras du sol est une indication de ce que la longueur d'une polonaise classique doit être. Ma polonaise, qui tombait à mi mollet donnait déjà ce genre de volume : c'est pourtant un taffetas papier très léger. Je précise aussi que c'était la fin de la journée, et comme c'était un pique-nique, j'avais passé pas mal de temps assise : à ce moment-là, elle est déjà un peu froissée et peutafinée, comme on dit chez moi. Une longueur au sol donnera un volume largement suffisant si on la relève entièrement.

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(Je ne prends pas les remarques débiles sur ma perruque : elle n'est pas histo, 
elle n'a jamais eu vocation à l'être, et elle n'a jamais été revendiquée comme telle.)

Concernant la modification possible du devant : soit le pièce est taillée droite depuis le haut du corsage, soit elle part en oblique vers l'avant. Ma polonaise était taillée selon cette seconde solution. Ce qu'il faut éviter, c'est de faire un retrait (partir en oblique vers l'arrière) : oui, je sais, de toute manière, c'est contre-intuitif. Mais au cours du drapage, si vous en faites un, on peut éventuellement être tenté de le faire, pour adapter la forme à l'arrondi du paniers ou du faux-cul, ou pour renvoyer un peu le pan vers l'arrière. Ça ne marche pas, et ce n'est pas histo non plus. L'erreur ce serait de vouloir reproduire cette robe (du film Marie-Antoinette) qui tombe complètement sur l'arrière en se disant qu'elle est historiquement correcte, et qu'elle est facile à faire. Je pense en fait, qu'elle est plutôt difficile à reproduire sans faire des faux plis moches à la taille (ici, les paniers sont portés bas d’ailleurs  Ça aide.)

  

La version qui part vers l'avant s'adaptera mieux à des paniers (pas trop gros) :

On voit la courbure sur la deuxième photo. Met Museum (sur un bon mannequinage comme ça, 
la taille des paniers à été calculé au millimètre pour s'adapter au mieux à la robe)

Alors que la version droite serait plutôt destinée à une version portée sur faux-cul (tout le volume rejeté sur l'arrière).

 
Robe coupée droite sur le devant. 
Musée du Vieux Marseille, dans le livre Belles de Mai

Le vrai problème posé par ce patron, c'est la partie corsage. Parce que, hum... ça va fonctionner assez moyennement. La robe à la polonaise, c'est de l'architecture, de la géométrie dans l'espace. Une robe compliquée à faire si on veut éviter les plis vraiment pabôs à la taille. Et la partie la plus compliqué, c'est le côté du corsage.

Sur une robe classique, vos pièces de corsage son taillées uniquement pour le buste, et vous avez une couture horizontale à la taille qui permet de gérer un truc très con, mais fourni de série : les hanches. Et la plupart des femmes ont des hanches plutôt conséquentes. Problème donc : la polonaise n'a pas de couture horizontale. La pièce de devant-côté tombe d'un seul tenant de la poitrine et de l'emmanchure jusqu'aux mollets. Naturellement le tissu va chercher à compenser en se gondolant horizontalement.

Sur la plupart des robes existantes, ce problème va être gérer en faisant un à trois plis verticaux. Mais attention ! Il faut les placer correctement. Et pour chaque morphologie, chaque hanche, ils seront placés différemment, auront une profondeur, un axe différent (voir un nombre différent). Si vous les placez arbitrairement, ce sera moche aussi. C'est pour ça qu'on a cette invention géniale : la Toile. Pour draper et ajuster. (Petite précision pour les neuneus de la couture : même quand vous avez un patron de base qui vous va, il faut toujours faire une toile. Parce que vous n'êtes pas une statue et que votre corps change tout le temps. Même quand vous ne vous en rendez pas compte.) La Toile, c'est le Bien (tm).

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La photo est petite, mais les plis, larges, réguliers, et qui vont assez loin sur l'avant, sont bien visibles. Ils sont bien verticaux.

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Musée du Vieux Marseille, dans le livre Belles de Mai. La même que plus haut.

Trois plis qui cette fois obliquent vers l'arrière et sont plus proches du dos que de l'avant. Ils ne sont pas placés à intervalle régulier.

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Met Museum La même robe que tout à l'heure, mais en couleur et mannequinée à la machette.

Un pli unique, sur l'avant, dissimulé sous les ruchés.

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Met Museum A la machette, on a dit ?

Un pli unique, assez bien dissimulé. Le plissé disparaît une fois sur les hanches.

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Met Museum. Celle-là, c'est pas à la machette qu'ils l'ont mannequinée, mais à la tronçonneuse.

Des plis intéressant : très étroits à l'endroit où ils sont cousus, mais plissés de telle manière qu'ils s'ouvrent en éventail sur les hanches.

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KCI. Les deux dernières images sont de ma collection perso : j'ai eu la chance d'aller au KCI (qui n'est pas un vrai musée, juste une collection : on ne peut pas voir les vêtement en vrai) et d'avoir accès à la database de photos. Je n'ai pas le droit de vous montrer les photos entières.

Des plis assez incroyables, puisque le deuxième vu de côté, arrive à "disparaître. Il est en réalité bien caché sous le bras.

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Galliera dans le Livre Modes & Révolution.

Comme pour la robe précédentes, l'un des deux plis est bien caché sous le bras, au point d'être à peine visible.

Parmi les rares patrons de polonaise existants, celui-ci (in The Cut of Woman's Clothes, de Nora Waughn) a aussi ce genre des plis.


Alors les robes à la polonaise sans plis sur le côtés, ça n'existe pas ? Si, j'ai quand même fini par en trouver. Une. Une seule. Et elle n'est pas pour Madame Tout le Monde.

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Vous pouvez voir le problème : elle est taillée pour une toute toute petite taille, et des hanches très menues. Tout le Volume est sur le faux-cul. Autant dire qu'essayer de reproduire ça sur un format plus classique tient du masochisme. Quand à moi, je ne m'y risquerai même pas.

On pourrait aussi évoquer l'autre patron de polonaise existant (aussi in The Cut of Woman's Clothes, de Nora Waughn) :

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C'est intéressant, mais pas forcément aussi intéressant que ça. D'abord il s'agit d'un patron pour un caraco et non une robe : le poids du tissu tombant sur les côté n'est pas le même. L'aspect recherché non plus n'est pas le même : les gravures de mode soulignent fortement l'aspect flottant du devant de la polonaise, et le fait qu'e les "basques" sont pas mal rejetées en arrière.



L'aspect flottant existe sur les robes à la polonaise, mais pas dans les gravures de mode. A quel point peut-on considérer qu'il s'agit d'une forme de licence artistique de la part de peintres et graveurs comme Romney et Moreau ? Sachant qu'on ne possède (apparemment) pas de robe qui tombe de cette manière ?

1ère image : 1778 Duchesse de Gordon, par George Romney
2ème : inconnu (Google Image Search n'est pas mon amis...)

Les deux par Moreau Le Jeune

La pièce du patron est très large. Sans doute est-ce le seul moyen de créer cet aspect flottant. Ce n'est pas ce que notre patron suédois propose, et ce n'est pas non plus l'aspect recherché, si l'on en juge d'après les gravures suédoises conservées.

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Donc, soit le patron est prévu pour des femmes au corps de sylphides, soit il y a un élément qui nous manque. en l'occurrence, il y a un élément inexpliqué : cette ligne rajoutée sur le couture côté. 

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Sur le patron, deux types de lignes en pointillé existent, celles relatives aux plis (c et d sur le schéma), et celles relatives à la modification du devant (k). Je ne vois pas ce que ce genre de modification apporterait à la couture du côté. J'envisage plutôt que ce soit un pli. Mais ça ne nous avance pas. Car le patron lui-même ne fourni pas la matière pour rajouter un pli.

Il faut cependant se rappeler que ce genre de patron n'était pas destiné à des femmes cousant chez elles, mais à des tailleurs (et peut-être de couturières : je ne sais pas comment fonctionnaient les guildes et les permissions de pratiquer l'art du tailleur en Suède). Donc des professionnels n'ayant pas besoin d'un patron précis et gradés, puisqu'ils ont déjà des techniques, mais de simples modèles. L'usage des plis est peut-être implicitement suggéré par cette ligne pointillée rajoutée.

Que peut-on tirer de ce patron alors ? Le dos est bon et utilisable tel quel (mon patron de polonaise, fait en m'inspirant de ce patron-là, fonctionnait bien et ressemble à s'y méprendre à celui-ci), mais le devant est à modifier en fonction des morphologies de chacune, en gardant à l'esprit que la pièce finale (pliée sur les côtés, par exemple) doit ressembler au devant figuré ici. Quant à la longueur, c'est en fonction des envies de chacune !


Bon maintenant, aller finir de relever le patron de ma "vieille" polonaise, et s'attaquer à une nouvelle robe polochon !