J'ai envie d'inaugurer une rubrique : le conseil en une phrase, un genre de vite-dit. Parce que des fois, j'ai juste envie de résumer les mes coups de gueule en 140 signes.

Vite du jour, donc :
"Tout conseil qui tentera de vous résumer les manières de vivre d'une période reculée en moins de trois paragraphes sera de la merde en barre"
Hop, 140 signes tout pile. Parfait.
J’ai une vue parfaite. Quasi-parfaite. J’ai ce qu’on fait de plus faible en matière de myopie. Sur l’autoroute, le panneau qui vous annonce un bouchon en grandes lettres lumineuses oranges, j’ai du mal à le déchiffrer à plus de 250 m, ce qui est un beau score. Et bien grâce à Galliera, j’ai aussi appris que je ne pouvais pas lire dans le noir. Vous allez me dire : sans déconner ! Mais mine de rien, je n’avais jamais pensé à essayer. Grâce à eux, c’est désormais chose faite.

Oh ben ça alors, le noir non éclairé, on ne voit rien. *

Seule deux expositions m’ont pourri la vue, de toute ma vie. Parce que j’ai des yeux qui s’adaptent à presque tout. Sauf au verre réfléchissant de l’expo Balenciaga de "Galliera hors-les-murs" (des casiers à plat qui renvoyaient la lumière des spots directs et trop forts du plafond) et aux spots en lumière intime/tamisée/bordel 1900 ou carrément absents de la dernière. Les cartouches au sol recouverts de mon ombre sont un bel exemple de "oh je vais mettre un spot là, c'est trop jouli, et fuck l'accessibilité."

Parfois encore mieux, la robe est pailletée et l'on peut profiter de la chouette lumière que renvoient les dites-paillettes, par contre profiter de la robe elle-même... tra la la la la. Dois-je rappeler qu'il d'agit d'un musée et pas d'une exposition universelle et que la mission d'un musée n'est pas d'ébaubiller le chaland, mais de lui faire découvrir des oeuvres d'art dans leur beauté plastique et technique ? TECHNIQUE. Genre moi je veux voir la coupe et les techniques de couture. Et les élèves d'écoles de mode aussi (le public le plus fidèle du musée. Qu'est-ce qu'ils sont bien traités.).

Je suis sortie de l’exposition sur la garde-robe de la Comtesse Greffulhe avec la migraine et les yeux qui me brûlaient comme si j’avais passé une nuit blanche. Fun...

Un bel exemple de je-me-penche-je-te-vois-plus-je-me-redresse-je-te-vois-plus

J’en ai conclus que le Palais Galliera est financé par l’Opus Dei des ophtalmologues.

***

Lorsque vous passez l’entrée de la dernière exposition du Palais Galliera, on vous prévient que les photos sont interdites (la moitié de l’expo est dans le domaine publiqueuh screugneugneuh !) et de faire attention aux estrades. Plaît-il ? J'y suis allé le premier jour d’expo, et ils savaient déjà, après seulement l’expérience des deux vernissages, que leurs estrades provoquent des accidents ? Je confirme : elles sont carrées (ça fait MAAAAAL, les coins), de la couleur du parquet dessous pour être "invisibles", et souvent très (trop) rapprochées les unes des autres. Un fauteuil roulant ne passe pas à certains endroit. Personnellement, je pense que les tréteaux qui supportent les tables ou les échafaudages nus qui servent à construire des "mini-pièces" à l’intérieur des salles d’expositon sont encore plus dangereux.

Je vous entends sursauter d’ici. Des tréteaux ? Bienvenue à l’air de la muséographie débilissime. On vous parle d’une aristocrate extraordinairement riche du très grand-monde, et l’expo ressemble à un chantier en travaux.

Photo provenant du blog Louise Paris, seule que j'ai trouvée 
sur internet qui montre un peu correctement la muséographie "en travaux".

La muséographie, en plus d’être dangereuse, ne pourrait pas être moins adaptée au sujet. Seule la couleur vieux rose des murs — une des couleurs préférées de la comtesse — a un sens, sauf que dans des pièces où les lumières sont déjà basses, cela donne encore plus l’impression de veiller les morts.

Alors pourquoi ce cirque ? Parce que 37.

Trente-sept, c’est le chiffre que j’ai obtenu en recomptant de tête le nombre de robes et manteaux présents dans l’expo. Par la magie des accessoires, le chiffre doit pouvoir presque doubler. Les salles sont VIDES. Une expo comme celle de Lanvin, la précédente, avait entre 100 et 150 pièces, accessoires compris. Alors bien sûr, quand on n’a rien à montrer, il faut meubler l’espace pour attirer le chaland.

Pour être bien sûre que vous puissiez visualiser, j’ai même fait un schéma.


Chaque carré qui ne comporte pas de chiffre correspond à UNE robe. C’est d'un ridicule achevé. Buté, clamsé, décanillé : a-che-vé. Les carrés marqués d’un point bleu sont des pièces (sol et trois murs) construites à la taille des robes pour les "mettre en valeur".



Celle de la deuxième salle est carrément trop grande pour la robe qu’elle contient ; en regardant les photos du vernissage, j'ai l'impression qu'elle devait contenir 2 costumes. Ça aurait été moins ridicule.


Le rectangle marqué d’un point vert est un sarcophage de verre accueillant une robe en gisant. Après réflexion, je suppose que cela voulait rappeler le cercueil de cristal de Blanche-Neige, et l'aspect "princesse de conte de fée" de la comtesse dans ses robes vaporeuses ; en réalité c’est d’un goût parfaitement douteux (d’autant que la robe qui git, la dame l’a portée quand elle avait 34 ans, et qu’elle est morte à 92 ans).

De la part de la robe morte

Les rectangles marqués 5 et 6 sont en fait des petites estrades carrées mises en quinconce (elles ne l'étaient visiblement pas la veille lors du vernissage), pour être certains qu’on se prennent les pieds dedans. En bleu, les accessoires et papiers. Vous remarquerez que les deux dernières salles n’ont qu’une robe chacune. On est au cirque : un numéro par salle !


Les costumes et les accessoires sont beaux, sans conteste, et c'est bien tout ce que l'on peut leur faire comme compliment. On ne les voit pas : ils sont comme je l'ai dit mal éclairée, mais aussi trop loin du public. Désolé à 1,20m, dans le noir, j'apprécie mal la qualité du schmillibilick :

1,20m d'estrade entre moi et les précieux, au minimum. La petite robe noir du fond ? Elle est superbe. Je crois... 
C'est marqué dans le cartouche, mais j'en sais rien, je me suis écorché la rétine à la voir.

Les costumes sont incroyablement mal mannequinés. Sérieusement. Ils ont coupé un poste dans le budget ? Délégué à une entreprise tiers ? Galliera, pour moi, a toujours été parfait pour le mannequinage, une référence, par rapport en particulier au Musée des Arts Déco qui, lui, a toujours privilégié le look informe/cintre. Ba-da-boom. Les robes 1920 sont forcées sur des poitrines trop fortes qui tirent carrément sur les coutures de certaines, les robes 1930 tombent presque toutes comme sur des cintres et les quelques costumes 1880 qui sont sans exception montrés sans tournure. SANS TOURNURE, BORDEL !  Et bien sûr, les mannequins toujours trop maigres : j'ai constaté sur un corsage 1880 en dentelle (donc transparent), que l'on pouvait hypothétiquement mettre 3 doigts entre la courbure du dos du mannequin et celle du vêtement.

Mais le mieux reste ce manteau qui a eu droit à un mannequinage spécial. Qui ne correspond à rien de portable, et surtout pas la manière dont il était porté par la comtesse. Parce qu'ils ne manquent pas de photos au musée pour savoir comment cette pièce-là en particulier était portée, en l'occurrence.

Oh, une pointe de flèche... heu une pointe d'avion... hum hum, un truc...

Je suis à 100% certaine que mannequiné à peu près comme ça, on l'aurait tout aussi bien apprécié.

Le problème des pièces choisies, c'est que parmi toute la collection de la comtesse qu'ils possèdent, ils ont souvent choisi les pièces les plus connues. Alors oui, certes, je suis ravie de les découvrir en vrai, sauf que le musée joue la carte de la prudence commerciale au mieux, au pire, il n'a pas de respect pour les attentes de son public. Les robes les plus belles et les plus connues, c'est bien beau au niveau bling, mais encore une fois, la mission d'un musée est de partager ses collections, pas juste de faire tourner en boucle les 10% que tout le monde a déjà vu en photo quelque part.

A ce propos d'ailleurs, au moins une de ces robes était déjà montrée dans l'exposition à l'Hôtel de Ville, et deux ou trois autres étaient dans l'expo Lanvin, juste avant l'actuelle. On parlent donc de robes qui en l'espace d'un an et demi ou de 3 ans, auront subi de très fortes tensions, avec très peu d'interruption entre les deux. Les règles de conservation textiles, à une époque, c'était : exposé une fois = en repos 5 ans. Si même au niveau de la conservation textile ils commencent à faire n'importe quoi...

Déjà vue à l'expo de l'Hôtel de Ville

Je l'ai tellement vue des centaines de fois en photo partout, cette robe, qu'en la voyant en vrai, et ben j'en n'avais plus rien à foutre. 

***

Maintenant parlons du fond scientifique. Argh... scientifique. Difficile de savoir s'il y en a vraiment un quand le but assumé est de vous extasier sur la vie d'une comtesse qui avait des robes de princesses. La pièce où l'on trouve les informations les plus poussées sur elle, et le seul regard critique de toute l'expo, c'est dans l'avant dernière. Jeeeezzz...

Reprenons. On nous parle d'une très grande aristocrate : qui est-elle, d'où vient-elle ? Vous apprendrez dans l'avant-dernière salle qu'elle est la descendante de Mme Tallien, et cela ne vous sera donné que comme une info annexe. De Bleu ! C'est essentiel pour la comprendre !

C'est une femme qui descend d'une lignée de très belles femmes, très populaires. Madame Tallien est une Merveilleuse, c'est à dire une femme très très libre (voire très courtisane avant l'heure) dans une époque qui ne l'est pas (le Directoire et le Consulat sont des époques très prudes et très misogynes), qui eut une tripotée d'amants et de maris (le grand père de notre duchesse a été conçu hors mariage, et il a eu droit à un procès, qu'il a gagné, de la famille de son père pour qu'il ne récupère pas le titre de noblesse familiale). Elle fut aussi connue pour son action politique et charitable. Il faut pouvoir arriver à se mesurer à une telle légende. Mais elle n'est pas la seule ancêtre de la comtesse qui a brillé dans Paris. Mlle de Cabarrus, une cousine de son grand-père (si j'ai bien calculé l'arbre généalogique), était en son temps considérée comme la plus belle femme de tout Paris.

En gros, la comtesse choisie de s'inscrire dans une lignée narcissique, dédiée avant tout à l'éloge de sa propre beauté et de son propre style. Son oeuvre culturelle est importante, dans la lignée de la réputation de bonne dame charitable de Mme Tallien : elle était musicienne de talent, comme son aïeule, et soutenait énormément les compositeurs, en particulier Wagner qu'elle adorait, les concerts, les Ballets Russes, etc. Elle a aussi soutenu l'Institut du Radium.

Mais ça ne suffit pas à expliquer son narcissisme. Il faut aussi souligner qu'elle vivait avec un homme colérique (probablement violent) qui lui menait une vie d'enfer. Elle compensait par la mode, l'exhibition de soi (même si elle n'était pas particulièrement innovante, en matière de mode, mais plutôt très bling bling). Son malheur intérieur, elle le transformait en feu d'artifice extérieur.

Bien évidemment, ses névroses ne sont pas évoquées dans l'expo (le mot narcissisme n'apparaît qu'une seule fois, dans un texte qu'ils ont oublié d'éclairer (!), à la fin de l'expo.) Pas évoquées non plus ses relations plus que difficiles avec sa fille, moins belle, moins extravertie, qui avait probablement moins de goût et qui surtout était écrasée par la vanité de sa mère. Pour le mariage de sa fille, elle portait ça :

J'ai quand même beaucoup bavé sur celle-là.


Une robe entièrement brodée de perles, de strass et brillants, et de fils d'or. Et pourvue d'une traine longue ET large. Une robe qui prend tout l'espace, capture la lumière des cierges, et attire tous les regards. Il existe même un film d'information de l'époque (pas dans l'expo, bollocks !) qui la montre sortant sur les marches de l'église de la Madeleine (il n'est pas mentionné si sa fille est visible !). Les journaux de l'époque ont vivement critiqué le fait qu'elle était plus belle et plus brillamment habillée que la mariée, sa fille. Tout ça, c'est dans l'expo ? Nixt. Je l'ai appris dans le catalogue.

Il y avait toute ses contradictions : fervente royaliste, mais qui, de par ses acquaintances artistiques, et politiques dans les salons, fréquentait la gauche républicaine qui lui fit prendre le parti de Dreyfus. Contre son mari, contre son milieu, contre ses amis, contre ses proches : contre tout ce qu'elle était en réalité. Simplement dire qu'elle a défendu Dreyfus dans une mini biographie pas très intéressante, ça ne suffit pas à expliquer la complexité de cette décision et de sa personnalité.

Il manque également une analyse de ce qu'est le luxe et le chic à cette époque, et en quoi elle était carrément hors norme. L'exposition ne se concentre que sur elle. On n'y montre pas un seul vêtement ayant appartenu à une autre femme, d'une autre classe sociale, pour permettre une comparaison : voyez, une femme X de la bourgeoisie s'habillait comme ça, à côté, la comtesse à l'air sortie d'un conte des 1001 nuits. Et non, le visiteur moyen ne sait pas comment s'habillait la bourgeoise X, tout simplement parce que le visiteur moyen, tout ce qu'il connaît en matière de costume, c'est ce qu'on lui montre dans les musées (du très très chic), ce qu'il voit éventuellement sur des tableaux de maîtres (des gens qui ont les moyens de se payer un portraitiste) et basta. Pédagogiquement parlant, le niveau est au fond de la Grande Fosse de Carkoon.


Mais là où l'exposition ne fait VRAIMENT pas son boulot, c'est pour expliquer son statut d'icône de son époque. A part citer Proust mille fois, Galliera ne propose aucune analyse, même les plus basiques. Euh, au fait, il est pas gay, Proust ? Et son cousin, à la comtesse, il ne serait pas gay aussi ? C'est quoi une icône gay à la fin du XIXe siècle, comment ça se construit, comment ça navigue entre les non-dits et les jeux de séduction chaste ? Et d'abord, comment une aristocrate devient-elle une icône comme une vulgaire Cléo de Mérode, comment une femme dite "honnête" séduit-elle tous les hommes sur son passage ?

Une possibilité de réponse était d'étudier comment elle se met en scène exactement comme une courtisane, une demi-mondaine, tout en restant intouchable de par son statut social. Et ça, ça crève les yeux.

Par exemple, dans la première salle, sont exposés des dessins fait par un artiste aujourd'hui oublié (par moi, déjà), qui a dessiné la comtesse dans son intimité, à sa demande à elle, jusqu'à ce qu'elle refuse que les croquis soient jamais montrés ou exposés parce que trop intimes (hum, en fait non. Et en plus, ils sont mauvais.). Elle a joué avec ce peintre, et sans doute avec d'autres, un espèce de jeu sur le voilement/dévoilement d'une intimité suggérée, alors que tout chez elle était fabriqué, jusqu'aux gestes de ses mains (elle était surnommé le Cygne par son cousin -- gay ? -- énamouré, à cause de la position qu'elle faisait prendre à sa main qui ressemblait à une tête de cygne. Tentez de faire pareil, et dites-moi si un geste pareil vous viendrait naturellement.)

Autre "passion" qu'elle partageait avec les grandes demi-mondaines : la mise en scène d'elle-même à travers les photographies. Et elle se faisait beaucoup photographier.

Par Otto, 1899. Trucage, via usage du négatif pour permettre à la comtesse d'apparaître avec son double noir. Narcisse, dis-moi ton nom.

  
A gauche : Par Nadar, dans une robe de son ancêtre, Madame Tallien, 1883
A droite : Liane de Pougy, probablement dans un costume des Folies Bergères, date ?


 
Par Otto, 1887. La seconde photo, de la même séance, a été retouchée pour servir d'affiche à l'expo. Je n'ai pas trouvé l'original sur Google.

  
Par Jean Reutlinger, La Belle Otéro, date ?


Par Nadar, 1896. Proust a soit-disant harcelé la comtesse pour obtenir l'un de ces deux photos. 
Il est plus que probable qu'elle a sérieusement apprécié de jouer les farouches avec lui avant de la lui offrir.

  
La Castiglione, 1890s ?


  
A gauche : Par Nadar, 1887
A droite : Par Nadar aussi, Liane de Pougy, 1890s

Par rapport à la dernière photo de la comtesse, j'ajouterai que j'avais fait l'exposition sur la prostitution à Orsay la veille : le commentaire des commissaires d'expo d'Orsay (autrement plus sérieux que ceux de Galliera) sur les photos de courtisanes, soulignait qu'on les identifiait souvent parce qu'elle faisait le geste de se toucher la bouche ou le menton (oui, c'est un geste sexuel suggestif au XIXe).

***

Deux mots de conclusion ? Une exposition pauvre, pauvre et pauvre. Les costumes sont beaux, mais, de Bleu !, que c'est chiantissime de se faire prendre pour un.e décérébrée.e parce qu'on aime le costume.


*(sources : sauf mention particulière, les sources des photos de l'expo sont soit le site de Galliera, soit des articles de presse en ligne. Je n'ai pas noté, shame on me.)

Ps : yeah, j'ai publié un autre de mes brouillons ! A ma décharge, j'ai fait un loooong article, ce qui explique que ça m'ai pris des plombes.
Comme promis, un article tiré de mes brouillons, qui demandait tant de travail que j'ai toujours repoussé. Et il est encore très incomplet (donc un volume II à venir un jour). Comme dit dans le titre : des magazines de mode anciens, souvent téléchargeables -- merci Google Books -- et la plupart du temps scannés dans les bibliothèque (universitaires) américaines, --merci les bibliothèques américaines.  

Parce que tout le monde ne peut pas posséder en vrai et en lourd dans sa bibliothèque l'intégrale de La Mode Illustrée.

Enjoy !

La Mode Illustrée : http://data.bnf.fr/15655067/la_mode_illustree__periodique_/

PDF sur Google :

1861 ; 1862 ; 18631864 ; 1865 ; 1866 ; 1867 ; 1869 ; https://books.google.fr/books?id=iEhVj7-RRt0C&hl=fr et
https://books.google.fr/books?id=S_FRAAAAcAAJ&hl=fr

Images sur la bibliothèque du Musée Bunka (très complet et incroyablement pénible à utiliser) :
Pour accéder à l'ensemble des images, aller sur cette page et choisissez L (L première lettre du titre). La Mode Illustrée est sur la deuxième page en bas. Et après, il faut se débrouiller, il y a 10629 pages, et les volumes de "littérature" sont parfois aussi inclus !

Pour les "matheux z'et les matheuses" : la première image du premier numéro Janvier 1860 s'intitule  No.208/208-0001-004, la dernière No.208/208-0001-008. Il faut donc sauter de quatre en quatre. Le deuxième volume s'appellera à priori No.208/208-0002-001 et la première page du premier numéro sera le No.208/208-0002-003. ATTENTION : les liens directs que je vous mets vers les images sont exacts, mais il ne fonctionnent pas. Encore un site codé avec les pieds et l'envie de faire chier le monde. Il faut commencer par faire la première étape (aller sur le Bunka, ouvrir une image), et après modifier l'intitulé dans la barre des tâches.

Il faut sauter le volume 15 (La première page correspond au milieu du volume précédent (1872). Il y en a pour juste 7 pages. Pas compris.)

Le volume 17 (année 1874) ne répond pas présent. Donc je suppose qu'ils ne le possèdent pas et on laissé volontairement le volume 17 pour pouvoir l'y enregistrer plus tard.

Ensuite tous les volumes sont présents jusqu'au numéro 43 (1897).


Le Moniteur de la Mode : http://data.bnf.fr/34444051/le_moniteur_de_la_mode__paris_/

1843 : vol I ; vol II (pas encore trouvé) ;
1844 : vol I ; vol II ;
1845 ;

1852 ;
1853 ;
1854 ;
1855 ;
1856 ;

1858 ;
1859 ;
1860 ;
1861 ;

1863 : Vol I ; Vol II ;
1864 ;
1865 : Vol I ; Vol II ;

1866 ;
1867 : Vol I ; Vol II ;
1868 : Vol I ; Vol II (pas trouvé) ;
1869 : Vol I ; Vol II (pas trouvé)
1870 : Le même volume, mais avec des sets de gravures couleurs différents : ici et  ;
1871 ;
1872 : Vol I ; Vol II ;
1873 : Vol I ; Vol II :
1874 :




Le Journal des Demoiselles

1837 ;

1843 ;
1844 ;

1848 ;

1851 ;

1853 ;

1855 ;
1856 ;
1857 ;
1858 ;
1859 ;
1860 ;
1861 ;
1862 ;
1863 ;
1864 ;
1865 ;
1866 ;
1867 ;
1868 ;
1869 ;
1870 ;
1871 ;

1874 ;
1875 ;
1876 ;
1877 ;

1881 ;

1883 ;
1884 ;
1885 ;

1887 ;

1889 ;

1891



Magasin des Demoiselles

1844 ;
1845 ;
1846 ;
1847 ;
1848 ;

1852 ;

1854 ;
1855



Le Follet

1837



Le Petit Courrier Des Dames

1836 : Vol I ; Vol II ;
1837 : Vol I ; Vol II



Revue de la Mode

1877


La Mode de Style : http://data.bnf.fr/32817464/la_mode_de_style/

1891



La Collection des Gravures de Mode du Costume Institute

Ici



The New Peterson's Magazine 

Sur le site du Hathitrust. Quelques années manquent. Non téléchargeable.



Godey's Magazine

Comme pour le Peterson's. Sur le site du Hathitrust. Seules quelques années manquent. Non téléchargeable.



Arthur's Home Magazine

Idem : Hathitrust. Plusieurs années manquent. Non téléchargeable.




Si quelqu'un trouve en ligne...

La Mode Pratique : http://data.bnf.fr/34444726/la_mode_pratique__paris_/


A venir dans le volume II, encore en cours de recherche, Le Conseiller des Dames, Les Modes Parisiennes Femina, et d'autres j'espère.
Cela fait 3 ans que j'essaie de suivre ce challenge et que j'échoue comme une buse. Soit je suis une couturière trop lente pour coudre en 15 jours sur commande, soit je passe deux années et demi pourries à regarder d'envie mes tissus en ayant pour seule motivation... de regarder mes tissus avec envie. Pour 2016, je vais malgré touts encore essayer les Louables Intentions de 1er janvier (un peu en avance).

Tous les sujets proposés ne me motivent pas forcément, ou ne me semblent pas envisageables sur un délais d'un mois. Mais c'est mieux que ce qui était proposé l'an dernier, en ce qui concerne mes aspirations personnelles.


Janvier : Procrastination – Finir un costume jamais fini ou se lancer dans un projet repoussé depuis longtemps ? J'AI ! J'AI ! Je viens enfin de retomber dans la marmite de la crinoline. Je n'en avais fait qu'une seule jusqu'à présent, une robe de bal en 2006 (je crois), et je repoussais de m'y remettre pour cause de "mais comment je fais mes essayages dans un studio ?!". Cette fois l'envie a été la plus forte, et la première robe (sur deux vêtements prévus) est déjà en route.

 

Et oui, elle sera ROSE ! Quiconque me connaît sait que le rose est mon ennemi, mais là, coup de foudre. Et le coup de foudre, ça ne s'explique. Surtout que le mètre était à 1,50 € :P Ce qui est mieux pour les projets qui demandent 10 à 12 m de tissu. (couleurs correctes sur la photo 1) Malheureusement, le tissu pour ce prix-là est un coton mélangé de fils synthétique. Plus que ce que l'aspect sur le rouleau ne le laissait supposer : on peut voir sur la deuxième photo l'effet crash (légèrement froncé) causé par le fil synthétique élastique. Grumbl. Bref, j'ai commencé à assembler les panneaux pour la jupe avec des coutures anglaises, les french seams des anglo-saxons :)


Février : Tucks & Pleating (Plis et plissé) – La deuxième crinoline prévue, est un wrapper/robe d'intérieur /peignoir. J'envisage de lui faire des "plis Watteau"* (*à n'utiliser que pour parler du revival roccocco de la mode du Second Empire). Sinon, une chemisette Empire ou Second Empire me semble une bonne option.


Mars : Protection – Terminer mon tablier Empire commencé il y a des lustres.


Avril : Gender-Bender (Victor Victoria) – Faire un vêtement de l'autre sexe, c'est un projet trop compliqué à faire en un mois. C'est un projet que j'ai depuis longtemps, mais je veux le faire sérieusement. Faire un vêtement de femme mais avec des éléments masculin ? Je me connais, je voudrais forcément un truc compliqué comme un habit de chasse complet. Donc, non.


Mai : Holes (Trous) – Il faut prévoir un vêtement entier autour des trous ! Sans moi.


Juin : Travel (Voyage) – un vêtement de voyage ou inspiré par les voyages. Sans idée précise pour le moment, ça doi être possible de faire un petit projet, genre un réticule avec une petite broderie chinoise ou japonaise ou autre. A voir. 


Juillet : Monochrome – En l'occurence monochrome en Nouvelle Zélande signifie Blanc, Noir ou Gris. J'ai un concept différent de la monochromie. J'ai une jupe noire 1890 à finir. J'espère qu'elle sera finie bien bien avant, mais au cas z'où, je pose ça là.


Août : – Pattern (Motifs) – Le motif le plus voyant, le mieux. J'aime l'idée, mais j'ai pas d'idée. Joker !


SeptembreHistoricism (Historicism) – Tout pareil que Gender Bender. Beaucoup trop de travail pour beaucoup trop peu de temps.


OctobreHeroes (Héros) – Mon héros est une fille qui a refusé d'abandonner les manches gigots de années 1830 pendant toutes les années 1840, avant de mourir en ayant refusé d'appeler le médecin pour soigner sa tuberculose, et a créé le héros le plus salaud de toute la littérature anglaise. Je me referais bien une robe 1830 en l'honneur d'Emily Brontë ^^


NovembreRed (Rouge) – Je me ferais bien une robe 1830 rouge pétant, en fait. Hum, rouge...


DecembreSpecial Occasion (Une occasion Spéciale) _ Une année sur deux je fais une robe pour moi pour Noël ou le Jour de l'An ou pour l'une de mes petites cousines pour Noël. Fingerz in ze noze !
J'ai actuellement 78 brouillons dans mon petit Blogger, dont deux qui portent le titre de "Mais n'te promène donc pas toute nue !". Ouais bon, 79 avec celui-là.

 

En général, je trouve un truc qui m'agace (une cruche qui passait par là habillée juste de son corset, ou une WTF quelconque en farthingale triangulaire en polyester), je commence à écrire énervée, puis, après avoir sué sang et eau pendant un heure sur la moitié d'un texte, je balance mon ordinateur par la fenêtre, je crie "Vous me faites tous chier !" et je pars m'installer en Islande. Sauf qu'en Islande, y'a du volcan, alors je finis toujours par revenir écrire un autre brouillon énervé. 

Les bons deux tiers de ces textes ne verrons jamais la lumière du jour, merci à la nuit pour sa clémence. Mais il y en a qui me grattouillent, qui me chatouillent, et sur lesquels je reviens régulièrement. Je me suis donc dis que ce serait bien de faire une opération :

Publications des Brouillons.

Je jure donc ici solennellement que je publierai deux textes issus de mes brouillons (et terminés, bien sûr) d'ici au 25 décembre, et un d'ici au 1er janvier.

Et je peux déjà vous dire que l'un de ces articles sera ma critique très très énervée de ma visite à la dernière expo de Galliera.
Blog en cours de re-décoration : on refait les plâtres, les enduits et les peintures. Merci de votre patience.
Comme tout un chacun, vous vous êtes levé ce matin avec le désir brulant de chercher sur internet un 


Je m'en voudrais de vous laisser repartir bredouille. N'étant pas d'un naturel masochiste, je n'ai pas sorti de corset de cuir pour l'occasion, mais je pense que ceci saura satisfaire les besoins de n'importe quel adepte du SM qui déciderait de revenir sur ma page.

A correct view of the new machine for winding up the ladies” par Wiliam Heath, 1828

De rien, ça me fait plaisir.

Et si cet instrument vous dit décidément quelque chose, c'est normal :

Ils l'ont reproduite dans le film Mirror Mirror. Malheureusement vous arrivez trop tard pour l'acheter pour vos longues soirées d'hiver.
Allez, c'est pas grave, il vous reste sûrement un.e soupirant.e prêt à se mettre à la tâche, non ?






Qu'est-ce qu'on peut continuer à lire comme conneries sur les blogs français, c'est affligeant. Aujourd'hui, je me sens vachement moins bête, dites : j'ai appris qu'on pouvais faire une blague raciste sur les cheveux afros pour parler de coiffures XVIIIe siècle, qu'être en cheveux, c'est malpoli, que les lunettes pendant l'Ancien Régime, c'est maaaaaaal, que la moustache n'a jamais existé en 1700 et quelques, que les conventions sociales d'apparence c'est seulement une question de bonne éducation et de respect des gens que vous croisez, que la crinoline a existé au XVIIIe siècle, etc... Bref, j'ai l'impression d'avoir pris de l'antigel, et de me l'être versé dans l’œil pour me nettoyer le cerveau. Ça fait MAL, bourdiouche de chèvre de Dieu !

J'avoue que je ne sais pas par quoi commencer...

La remarque raciste me semble un bon début. Elle l'a modifiée pendant que j'écrivais cet article, mais elle a oublié que le cache Google ne ment jamais :

Avant


Après que plusieurs personnes lui ai mentionné en commentaire que c'était raciste.


Vous apprécierez le commentaire "très Jackson Five". On applaudit bien fort Fanny.

Allez, maintenant, on s'occupe du reste.

1 ) Les conventions de civilité et de respect de l'autre, patati patata, parmacha... non. Les conventions sociales de l'apparence, c'est d'abord une question de considération de soi-même, comment on se voit, et comment on veut que le reste de la société nous voit. Ce sont des conventions beaucoup plus calculées que la simple politesse, aujourd'hui, comme autrefois. Si ma grand-mère porte toujours ses cheveux longs en chignon, c'est parce qu'elle ne veut pas qu'on médise d'elle, pas parce qu'elle se soucie de respecter l’œil du passant, ou parce qu'elle est bien élevée. Elle sait que les conventions sociales actuelles -- belles saloperies, entre nous -- disent que les cheveux longs représentent la sexualité féminine et qu'il est indécent qu'une vieille femme ose avoir une sexualité passée la ménopause. Ma grand-mère se soucie plus de ne pas paraître indécente, que de ne pas l'être réellement.

En ce qui concerne la reconstitution historique, le but du jeu est de comprendre les normes de représentation de chaque époque, pour essayer de les reproduire, pas d'obéir à des commandements bêtes de l'ordre du : "c'est malpoli !". Ce qui est malpoli pour une duchesse de la Cour de Louis XV ne l'est pas pour la femme d'un marin du Havre et inversement. Chacun évolue dans une société précise qui a ses propres codes. Ces codes incluent aussi les impératifs économiques. C'est bien beau de dire qu'une femme doit toujours porter un chapeau quand elle sort, mais les chapeaux (en ce qui concerne les femmes) sont réservés aux élites : bourgeoisie de moyens et aristocratie. Les femmes d'économies plus faibles portent des coiffes. Mais là aussi il y a des variations : chez les bourgeoises commerçante, maîtresses ou épouses de maîtres (le plus haut degré de capacité dans les domaines de l'artisanat et autre : 5 ans d'apprentissage, plus 5 ans de compagnonnage, le tout payant, et cher), la coiffe portera dentelle et dévoilera les cheveux, chez les marchandes de fleurs et les fruitières, la chevelure sera entièrement cachés sous la coiffe. Normes de pudeur et de représentations différentes, mais aussi, encore une fois moyens différents : on se fait coiffer par un coiffeur, quand on expose ses cheveux, parce qu'on veut montrer qu'on en a les moyens. L'espace public est celui où on construit sa réputation. Il ne s'agit aucunement de politesse ou de bienséance, mais de tactiques de construction de l'image de soi. 

Les femmes portent-elles toujours coiffes et/ou chapeau ? Être en cheveux, c'est forcément malséant ? On va pas trop se faire chier, on va regarder ce que nous disent les images.

Erzherzogin Maria Christine, par Marcello Bacciarelli, 1766


Marie du Muralt, par William von Moll Berczy (Peintre québecois d'origine allemande)

Portrait de femme, par Marie-Victoire Lemoine, 1790

Je résume : elles sont riches, elles sont en intérieur, elles sont en cheveux. Des questions ?

Les hommes portent-ils toujours le chapeau ? Oui et non. En intérieur, jamais. Alors que les femmes qui portent un chapeau en extérieur, ne l'enlèveront pas en passant en intérieur (en visite), les hommes si. Le chapeau masculin est un objet de représentation dans l'espace public, pas dans l'espace intime. Au XVIIe, certaines perruques hautes ne permettaient pas de porter de chapeau sur la tête. On le gardait souvent sous le bras. C'est un objet qui porte beaucoup de significations hiérarchiques, économiques, et sociales. Hiérarchique, parce qu'un chapeau avec ou sans cocarde (avant la révolution) va signaler des liens militaires. Sociale, parce que si les hommes plus ou moins riches portent le tricorne si connu, les petits bourgeois se signalent par le port du chapeau rond (très élusif pour le costumier, d'ailleurs : pas moyen d'en trouver un représenté correctement) les couches populaires par le bonnet. Ces deux derniers portent des stigmates sociaux : quand on veut dénoncer le Duc d'Orléans comme comploteur qui a organisé les journées d'octobres 1789, on l'accuse d'avoir été vu dans le Faubourg Saint Antoine (quartier populaire fortement insurrectionnel de Paris), en habit bourgeois et chapeau rond : pas seulement une déchéance pour un prince de sang, cousin du Roi, prétendant au trône, mais une vraie salissure pour celui qui l'accuse. La petite bourgeoisie est entaché d'un aspect, d'un paraître pas tout à fait digne. Économique enfin, parce que le chapeau, comme la dentelle sur la coiffe et les cheveux faits par un coiffeur, témoigne de la valeur économique de son porteur aux yeux de tous : laine ou castor, la différence se voit de loin.

Vous noterez aussi que quand on réduit toute la complexité des apparences vestimentaires à travers les siècles à une question de convention et de politesse, de gens "bien mis", finalement, on va largement à découvert dans son mépris de ceux qui seraient éventuellement "mal mis" : les pauvres. Soyons clairs, seuls les mendiants, et ceux qui vivaient au bord de la mendicité étaient "mal mis" (et encore, ceux qui luttent pour garder la tête hors de l'eau, quelles que soient les époques, sont souvent ceux qui font le plus d'efforts pour obtenir quelques bribes de paraître "conventionnel"). Croire que les pauvres sont naturellement mal mis, premièrement, c'est afficher sans complexes ses idées politiques 2015-Les Républicains Pétainistes, deuxièmement, c'est reprendre la propagande et l'opinion des élites de l'époque. On ne fait pas de l'histoire comme ça.

 
2) La crinoline a existé au XVIIIe siècle. Mouarf.... ha ha ha ha haaaaaaa !

La crinoline est inventée au XIXe, elle tire son nom du tissu de crin avec lequelle elle était faite avant d'être faite d'une cage métallique. Avant 1850, point de crinoline donc. Mais des paniers. Oui, je sais, les mots ont un sens, c'est super chiant. Le panier fait ses débuts vers 1705-1710, on n'a pas la date exacte. On sait seulement que vers 1720, il est largement décrié par les censeurs, dans les sermons religieux, etc. Il est alors... rond. Ben oui. Il ne dure pas longtemps, dit-on, ce paniers rond ? Comme c'est celui qu'on met en particulier sous les robes volantes (ou battantes), ancêtre de la robe à la Française, on va dire qu'il a une belle vie. Il prend petit à petit une forme ovoïde avec les liens à l'intérieur qui se ressert. Il se fige dans cette forme autour de 1735-1740. Donc oui, le panier rond a existé, ce n'était pas une crinoline, et il a quand même pas mal duré, même s'il est peu représenté dans la reconstitution.

La prochaine fois que vous entendez quelqu'un parler de crinoline  au XVIIIe siècle, vous lui tchiper votre mépris à la gueule de ma part. Quiconque ne sait pas utiliser le vocabulaire de base devrait être privé de reconstitution.


3) Les lunettes dans la reconstitution, c'est maaaaal. Et les fauteuils roulants, c'est mal aussi ?

Bref, un handicap, est un handicap, ça ne se discute pas, point barre. Quelqu'un vous fait une remarque parce que vos lunettes ne vont pas avec la robe à paniers ? Dites-lui que la taille de vos lorgnons est proportionnelle à la taille de sa cervelle. Et cracher-lui à la gueule. Mérite même pas un tchip, ce genre de crétin.e.

Petit détail, par contre, pour les faux-culs : "mais on ne va pas s'acheter une paire de lunettes pour chaque époque !" Je possède une paire de lorgnons anciens fin XIXe - début XXe. Ce sont des lunettes rondes à fine montures métalliques. Vous savez quoi ? C'est à peu de chose près la même forme qu'au XVIIIe. Si vous êtes très branchés reconstit', vous investissez dans UNE paire, qui vous servira aussi de rechange pour le quotidien. Sinon, basta. On ne discute pas avec le handicap. Mais les arguments frelatés, arrêtez.

4) La barbe et la moustache, marque d'un grand laisser-aller au XVIIIe...

Pierre Ier de Russie, mort en 1725, salue les cons. Oui, incroyable, 1725, c'est au XVIIIe siècle.

Pierre Ier de Russie (détail), par Jean Marc Nattier, 1717

On ne le répètera jamais assez : CONTEXTE ! En Russie, au XVIIIe, la moustache, ça passe. Pierre Ier a fait officiellement supprimer la barbe qui se portait encore à la fin du XVIIe, mais il a gardé sa moustache. Il est probable que dans beaucoup de campagne française, barbes et moustaches passent aussi. La "mode" des élites et des centres urbains, n'est pas un dictat pour tout le pays, ni toute l'Europe ou le monde occidental. Et ne confondez pas "laisser-aller" avec "méprisons les couches populaires qui ont du poil au menton".

***

Faire du costume, et de la reconstitution, ce n'est pas exactement la même chose. Si vous n'aimez que les frous-frous, vous êtes dans le déguisement plus que dans le costume, et les conseils d'historicité d'X, Y ou Castaflûte, vous n'en avez de base rien à carrer. D'ailleurs, vous vous êtes perdus en venant sur ce blog. Si vous cherchez à reproduire au plus près une réalité du costume, vous faites de la reconstitution, même si elle se limite au vêtement. Parce que le costume, c'est plus que du tissu, c'est l'histoire des mentalités. Et si vous faites de la reconstitution, vous devez donner de votre personne, faire des recherches : vous devez vous intéresser à ce que vous essayer de reproduire, le comprendre. Ça vous prendra des années, vous ferez des faux-pas, vous testerez des théories (l'histoire est une science sociale), vous vous amuserez beaucoup. Vous ferez tout ça vous-mêmes, et vous en serez sacrément fiers. Vous n'irez pas suivre des conseils débiles sur un blog débile. Vous picorerez des idées, des analyses sur plein de blogs et vous les vérifierez par vous-mêmes. Mais je le répète, vous ne suivrez pas une liste de conseils débiles écrits à la hâte. Par respect pour votre propre intelligence, et par respect pour votre hobby. Parce que le seul bon conseil qu'on doit donner à quelqu'un qui fait de la reconstitution, c'est :

FAIS TES  PROPRES RECHERCHES !  

Tu me remercieras plus tard pour le meilleur conseil qui soit au monde.
Audrey du blog En-robée m'a attribué un blog award (merci ! Et en plus, elle m'a fait le meilleur compliment qu'on pouvait me faire) et des questions auxquelles répondre. 

- remercier et mettre le lien vers le blog d'origine
- insérer l'image à votre blog
- dire quelques choses inédites sur vous
- répondre à mes questions indiscrètes
- distribuer à votre tour

Je vous avouerai que j'ai la flemme de redistribuer. Le monde des costumiers n'est pas si grand que l'on ne puisse pas dire que tout le monde a reçu un award au moins une fois. Par contre, je veux bien jouer le jeu par ailleurs et vous citer des blogs intéressants à la fin de cet article.

Des choses inédites sur moi... hum... J'ai déjà dit des choses sur moi la dernière fois qu'on m'a attribué un blog award.

1 - J'ai déjà des cheveux blancs, beaucoup, pour des raisons multiples et variées. C'est maintenant mon excuse pour me teindre les cheveux en tout ce qui ne ressemble pas à ma couleur naturelle, un blond foncé trop proche du châtain qui est terne à en mourir.
Bon en fait, j'ai commencé à 18 ans en optant pour le noir corbeau. Avec ma peau blanche cachet d'aspirine, c'était très... graphique, dirons-nous.

2- Je collectionne les poupées Monster High. Même pas peur. J'en ai déjà costumé une en robe à tournure.

Victorian

3 - Je fais un projet 365 jours : prendre une photo par jour pendant un an. Je me suis imposée la contrainte de photographier uniquement des poupées. Ça pousse à être créative en dehors du costume (sachant que je ne sais ni dessiner, ni faire de la musique). J'ai un blog dédié.

4 - Je suis extrêmement bordélique. J'ai toujours l'air de ne pas m'en sortir quand je fais un truc (même à mes propres yeux), même un costume. Le manteau de lit que j'ai porté dimanche dernier a commencé comme un grand tas de n'importe quoi éventuellement appelé tissu. Ce n'est que mercredi dernier que j'ai enfin pu dire sans mentir : mais ça ressemble à un vêtement, ce truc ! Il ne faut pas me demander d'être logique, ça me fait perdre le fil. Mon cerveau est rangé de manière bordélique. Imposez lui un autre schéma, il y a surchauffe d'où...

5 - ... je suis une vraie romantique : je m'évanouis quand j'ai trop chaud. Enfin, surtout quand mon cerveau a trop chaud. (Lété, mon ennemi intime.) Mais jusqu'à présent, jamais en costume.
 Laissez-moi vous le dire, dans la morne et terne réalité, les évanouissements, ce n'est ni romantique, ni très gracieux. On ne s'évanouit pas en faisant une révérence comme dans les films, on tombe tout droit, comme un balais, généralement la tête la première sur le carrelage. Glamour à en crever littéralement.

6 - La robe qui m'a donné envie de faire du costume, c'est celle-là :


J'avais 8 ans, j'allais pour la première fois au Victoria and Albert Museum, et je suis tombée en adoration. Bon maintenant, je pense que c'est une grosse meringue, mais je garde une petite tendresse pour elle.

Les questions d'Audrey :

1. Quelle époque vous fait peur à faire... trop difficile, trop extravagante...

Peur ? Rien. J'ai des envies/pas envies. Mais rien qui m'effraie vraiment. Après, j'ai des époques qui me tentent esthétiquement, mais que j'évite pour des questions de santé : j'adore la période Belle Époque-19001909, mais les corsets en S, pour mon dos, c'est un non quasi définitif. Je cherche à contourner, parce qu'il y a des corsets de cette époque qui ne sont pas des agressions contre le dos. Mais je recule devant la quantité de test de corsets à faire. Je hais faire des corsets. Viscéralement.

2. Quel tissu préférez-vous travailler ?

J'ai plutôt toujours envisagé les choses du point de vue de "qu'est-ce que je déteste coudre ?" et le synthétique arrive en premier, à chaque fois. Et à chaque fois pour des raisons différentes : soit le tissu chauffe désagréablement dans les mains pendant qu'on coud, ou il s'effiloche avec des fils qui collent partout dans l'appart pendant des semaines, soit le fil s'accroche dans le tissu à chaque point, se tord méchamment au fil de la couture, grigne, etc. A côté de ça, même le satin de soie paraît sympathique à coudre.

Mais, à choisir, le lin est franchement ce qu'il y a de plus agréable à coudre.

3. Décrivez un projet commencé mais abandonné.

Un robe 1848, avec multiple volants sur la jupe. Je n'ai pas totalement renoncé à la faire un jour. Pas totalement...

4. Quel costume de film aimeriez vous porter/coudre ?

Cette robe brodée du film Goya's Ghost. Je suis sûre qu'elle est inspirée d'un vrai costume espagnol, en prime, comme le sont certains autres costumes du films. Le film est atroce, les rares costumes portés par Nathalie Portman sont extraordinaires.



5. Quel costume national/régional aimeriez-vous réaliser ?

Bigouden 1840s. Je suis bigoudène par ma mère, le costume bigouden du XIXe, c'est mon premier amour. Je rêve aussi de reproduire une robe de mariée quimpéroise de 1880. Rouge et argent. Amour amour amour.

6. Une entorse à l'historicité que vous n'oseriez pas avouer ?

Que je n'ose pas avouer ? Difficile de répondre, parce que j'essaie de toujours dire le plus honnêtement possible quand je fais une ou plusieurs entorses. En général, parce qu'elles m'énervent moi-même. (A part les baleines, qui sont une entorse obligatoire pour toute personne respectant un minimum les gros mammifères marins.)

7. Une envie insolite de costume, hors de vos habitudes ?

Insolite, je ne sais pas, mais je rêve de faire une robe entièrement au crochet irlandais ou bigouden. Hors de ma zone de confort ? Oui et non : je crochète, plutôt bien même, mais j'ai toujours réussi à éviter les gros ouvrages, encore plus les gros ouvrages de malade ! Donc oui, une robe entière au crochet, c'est largement hors de ma zone de confort. 


Des blogs inspirés et inspirants, et pas forcément assez connus : 

- A Damsel in this Dress : couturière/costumière pro. Brillante, et pas arrogante.
- All the Pretty Dresses : Isabella fait un travail de MALADE sur ce blog. Elle répertorie des dizaines d'annonces Ebay de costumes anciens. Une source IN-DIS-PEN-SA-BLE.
- Anno 1776 : Je suis toujours très admirative du réalisme de ses robes et de sa mise. Elle a l'air "vraie' à chaque sortie qu'elle fait.
- A Most Peculiar Mademoiselle : Puriste et modeste. <3 br="">
- The Shadow of my Hand : des costumes très élaborés, jusque dans les plus petits détails. Wow effect assuré.
- Katafalk : la SEULE costumière capable de me donner des fantasmes de costume du Haut Moyen-Âge et du début de la Renaissance.


Et si des gens se sentent assez inspirés pour répondre à mes questions, tout le monde est libre de le faire, dans les commentaires ou sur leurs blogs :

1) Qu'est qui vous a donné envie de faire du costume ? Si c'est un costume (de film ou de musée) une petite photo serait appréciée.

 2) Comment vos ancêtres auraient-il été habillés, disons au XIXe ? En ce qui m concerne, d'un côté, mes ancêtres étaient passementiers à Saint-Étienne, des ouvriers donc (J'ai de rares photos de famille de la fin du XIXe siècle : l'une de mes bisaïeules a gardé la même robe pour des photos qui ont 20 ans d'intervalle !), et de l'autre paysans en Bretagne, dans la partie la plus pauvre de la Bretagne (pas de photos, mais en Bretagne, ce sont les débuts du costume régional, donc Bigouden pour mes ancêtres. Pensez sans broderie, la brderie, c'était pour les riches et les jours de fête.).

3) Couture main ou machine ? Évaluez en terme de pourcentage le degré de votre grain de folie (ou d'absence de). Je suis à 95% de couture main...

4) Quelle est votre moyenne de temps pour confectionner une robe/ensemble ? et un ensemble complet (dessous compris) ?

5) Quel est le / la costumière qui vous a inspiré le plus à vos début ?

37°C. Même les biches et les faons sont écrasés par la chaleur à Vizille et se planquent à l'ombre. Mais les petits pirates sont faits d'un autre bois. Ils résistent aux tempêtes, aux monstres marins et aux chaleurs de Vizille.


Bien sûr, le costume du petit pirate a été entièrement fait par sa maman, Marion de Green Martha, qui avait aussi fait la multi-choupinounette-princesse (elle aime les princesses et le rose, malheur malheur... Mais on lui pardonne : elle a 4 ans.)


A l'exception de la coiffe, qui est ancienne et qui n'a pas tenu toute la journée (RIP, petite coiffe, tu fus GRAVEMENT adorée), Marion a donc fait deux costumes ultra-kawaii et parfaitement historiques en plus du sien. Et ça fait sacrément du bien de voir des enfants pas costumés en libertins de pacotille du XVIIIe. Honnêtement. Et pas seulement parce que libertin de moins de 13 ans, c'est glauque. Seul bémol : quand on est accompagnés d'enfants bien costumés, les adultes deviennent LITTÉRALEMENT invisibles ^^

Pourtant, on était assez cools (petite minute d'auto-satisfaction sauvage).

 








Mes poches bien pleines ne m'ont absolument pas gênée. On peut même les remplir beaucoup plus, par exemple avec de quoi faire un petit ou gros en-cas.

J'avais aussi promis de vous montrer une façon de modifier sa coiffe utilisée à la fin du XVIIIe par les femmes du peuple pour se protéger de la pluie, et probablement aussi du soleil. Ce n'est pas seyant, je préviens tout de suite ! Je me suis inspirée de ces images que j'ai oublié de sourcer dans mon article précédent ("Au bûcher !") :

Il existe au moins une version en allemand, à Carnavalet,
de la même époque, je ne sais pas laquelle est l'originale.


On peut utiliser soit un torchon blanc avec des bandes de couleur (torchons anciens de grand-maman), ou un mouchoir de cou ou de tête, pareil dans des teintes de blanc : l'important, c'est que ça ne jure pas avec la coiffe. J'ai pas mal expérimenté pour éviter le look bonne sœur, du coup, mon torchon est placé un peu plus loin sur le coiffe que sur les illustrations. On n'échappe au ridicule pour autant. Mais cela devait fonctionner bien pour protéger la coiffe de certaines avanies, ainsi que la nuque pas toujours bien couverte pas le fichu.



Pour le déshabillage de la dame de la Halle, il vous faudra attendre une petite semaine.