Polochon svedois

by vendredi, mai 10, 2013 2 points avant
Ayant accès à un vrai scanner pendant mes vacances, j'ai re-scanné correctement le patron de la robe à la polonaise version costume national suédois.

polonaise

Entre temps, comme j'étais étonnée qu'aucun scandinave ne l'ai jamais mentionné, j'ai décidé de faire une petite recherche internet : bien évidemment, une bloggueuse avait déjà posté ce patron. C'était resté sans doute assez confidentiel car elle mettait en avant le fait l'aspect costume national suédois, plutôt que polonaise. N'empêche, rendons à César Isiswardrobe la primeur de sa découverte.

Le plus difficile avec ce patron, c'est de comprendre de quoi il retourne. Parce qu'il est en suédois ! Qui plus est du suédois du XVIIIe siècle. Et moyennement lisible aussi (écrit petit).

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Cliquez pour les voir en grand sur Flickr.

Merci à Eva Andersson  et à Tove Grandjean pour leur aide inestimable !

Förklaring / Explications

Räcken / La robe
1) Framstycken / Devant
2) Bakstycken / Dos
a. Garnering / Garniture
b. Upfästiningen / Attaches pour relever [la polonaise]
c.d. Vecken i Sidorne (Sidorna) och ryggen / Plis des côtés et de l'arrière
e. Linien, form räcker jämt till golfvet / Ligne où l'ourlet atteint le sol (tracé vert)
f. Släpet (släpar) pä Hof Drägten (dräkten) / Traîne pour costume de Cour (tracé rouge)
g. Släpet (släpar) pä Allmänna Drägten (dräkten) / Traîne pour le costume commun (civil) (tracé violet)
k. En nödig variation i Skjärningen (skärning) / Une variante nécessaire (ou possible) de la coupe (sans variante sur l'image 1 et avec sur l'image 2) 
3) Ärmen till Hofdrägten / Manches du costume de cour
4) Galler dertill (därtill ?) bestäende af / "Grille" de celles-ci consistant de
l.l.l. Tre Rimsor (remsor) till lit-Ärmen / Trois bandes [de tissu] pour le dessus de manche
m.m.m Tre Rimsor (remsor) till in-Ärmen / Trois bandes [de tissu] pour le dessous de manche
5) Ärmen til Allmänna Drägten (dräkten) / Manches du costume commun (civil)

Kjortelen / Jupon (jupe)
6) En Väd, lik med de öfrige (övrige) / Un lé [de tissu], comme le reste [du tissu de la robe]
n. Öfra Linningen / Ourlet [bordure] supérieur[e]
o. Tyunkningen upptill / Fronces en haut
p. Kappan / Volant [falbala] (littéralement : lambrequin :D )
r. Rimfan / La bande [de décoration]

Lifvet eller Corsetten / Le corsage alias le corset
7)  Framstycken / Devant
8) Bakstycken / Dos
9) Gärnering / Garniture
10) Snörhälen / Œillets [de laçage]
10. 11) (oui il y deux 10) Tvänne (två) Halezkragar (halskragar) / Deux cols

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Image 1 et 2 (obviously)

Une fois décrypté le texte très succinct (instructions de couture ? où ça ? où ça ?), il faut comprendre de quoi il retourne. C'est en effet un patron pour plusieurs type de robes, dont il ne faut jamais oublier qu'il s'agit d'un costume officiel. Même appelé "costume commun (ou civil)", c'est un costume national, voir nationaliste. Mais pas un costume régional. Pour le dire plus clairement, ce n'est pas un costume populaire. Mais alors pas du tout.

Historiquement, le costume national suédois est une curiosité unique au monde. Le XVIIIe siècle est le siècle de la mode, du luxe et de la naissance de la consommation moderne. Il n'y pas qu'en France que les marchandes de modes font fureur auprès des aristocrates et des grands bourgeois (au passage, je rappelle, qu'elles créent aussi des accessoires pour hommes, en particulier des nœuds d'épée). L'économie liée au luxe fait la fortune des uns et la ruine des autres. En Suède comme ailleurs, les autorités essayent de lutter contre ces dépenses ostentatoires : car l'une des particularités du luxe, c'est l'expansion de l'importation qui l'accompagne, au détriment de l'industrie locale. Or, les industries locales de textiles sont souvent les industries principales du pays (comme les soieries de Lyon, pour la France).

En 1778, le roi Gustav III de Suède, qui est un souverain assez novateur (un despote éclairé), prend cette décision un peu bizarre de créer un costume national destiné aux couches supérieures de la société (celles qui avaient les moyens de suivre les fluctuations du marché du luxe, donc) pour restreindre leurs moyens de s'adonner à leur péché-mignon. Le costume était très codifié, et les tissus et décoration à utiliser aussi. Il existait une version de cour et une version civile. Je ne sais pas si ça a vraiment fonctionné. Toujours est-il que le costume masculin n'a pas tenu, mais le costume féminin, après quelque transformation est devenu le costume officiel de la cour de Suède.

La version de cour, toujours noire et rouge.

 
La version civile féminine, ici

Pour ceux que ça intéresse, j'ai fait un tableau Pinterest. Pour le moment, il n'y a que la version féminine dedans.

Pour en revenir à notre patron et à la polonaise : il faut absolument prendre en compte que ce n'est pas un patron de polonaise classique. Il a été transformé pour s'adapter à une "mode" unique, et aux besoins afférents : comme la traîne pour le costume de cour. D'ailleurs, je suis très surprise que la traîne du costume civile soit plus longue que celle du costume de cour !! Les nœuds de "relevage" ne sont pas non plus au bon endroit : si vous regarder l'image du dessus, ou les deux du dessous, le manteau est à peine relevé.

ici et ici. Il n'est pas précisé s'il s'agit de la version de cour ou civile.
Mais les manches plaident pour la version civile.

Evidemment, on peut choisir de respecter les longueurs données, voire faire des essais avec les trois longueurs pour se faire une opinion. Mais je pense que le ligne d'ourlet au ras du sol est une indication de ce que la longueur d'une polonaise classique doit être. Ma polonaise, qui tombait à mi mollet donnait déjà ce genre de volume : c'est pourtant un taffetas papier très léger. Je précise aussi que c'était la fin de la journée, et comme c'était un pique-nique, j'avais passé pas mal de temps assise : à ce moment-là, elle est déjà un peu froissée et peutafinée, comme on dit chez moi. Une longueur au sol donnera un volume largement suffisant si on la relève entièrement.

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(Je ne prends pas les remarques débiles sur ma perruque : elle n'est pas histo, 
elle n'a jamais eu vocation à l'être, et elle n'a jamais été revendiquée comme telle.)

Concernant la modification possible du devant : soit le pièce est taillée droite depuis le haut du corsage, soit elle part en oblique vers l'avant. Ma polonaise était taillée selon cette seconde solution. Ce qu'il faut éviter, c'est de faire un retrait (partir en oblique vers l'arrière) : oui, je sais, de toute manière, c'est contre-intuitif. Mais au cours du drapage, si vous en faites un, on peut éventuellement être tenté de le faire, pour adapter la forme à l'arrondi du paniers ou du faux-cul, ou pour renvoyer un peu le pan vers l'arrière. Ça ne marche pas, et ce n'est pas histo non plus. L'erreur ce serait de vouloir reproduire cette robe (du film Marie-Antoinette) qui tombe complètement sur l'arrière en se disant qu'elle est historiquement correcte, et qu'elle est facile à faire. Je pense en fait, qu'elle est plutôt difficile à reproduire sans faire des faux plis moches à la taille (ici, les paniers sont portés bas d’ailleurs  Ça aide.)

  

La version qui part vers l'avant s'adaptera mieux à des paniers (pas trop gros) :

On voit la courbure sur la deuxième photo. Met Museum (sur un bon mannequinage comme ça, 
la taille des paniers à été calculé au millimètre pour s'adapter au mieux à la robe)

Alors que la version droite serait plutôt destinée à une version portée sur faux-cul (tout le volume rejeté sur l'arrière).

 
Robe coupée droite sur le devant. 
Musée du Vieux Marseille, dans le livre Belles de Mai

Le vrai problème posé par ce patron, c'est la partie corsage. Parce que, hum... ça va fonctionner assez moyennement. La robe à la polonaise, c'est de l'architecture, de la géométrie dans l'espace. Une robe compliquée à faire si on veut éviter les plis vraiment pabôs à la taille. Et la partie la plus compliqué, c'est le côté du corsage.

Sur une robe classique, vos pièces de corsage son taillées uniquement pour le buste, et vous avez une couture horizontale à la taille qui permet de gérer un truc très con, mais fourni de série : les hanches. Et la plupart des femmes ont des hanches plutôt conséquentes. Problème donc : la polonaise n'a pas de couture horizontale. La pièce de devant-côté tombe d'un seul tenant de la poitrine et de l'emmanchure jusqu'aux mollets. Naturellement le tissu va chercher à compenser en se gondolant horizontalement.

Sur la plupart des robes existantes, ce problème va être gérer en faisant un à trois plis verticaux. Mais attention ! Il faut les placer correctement. Et pour chaque morphologie, chaque hanche, ils seront placés différemment, auront une profondeur, un axe différent (voir un nombre différent). Si vous les placez arbitrairement, ce sera moche aussi. C'est pour ça qu'on a cette invention géniale : la Toile. Pour draper et ajuster. (Petite précision pour les neuneus de la couture : même quand vous avez un patron de base qui vous va, il faut toujours faire une toile. Parce que vous n'êtes pas une statue et que votre corps change tout le temps. Même quand vous ne vous en rendez pas compte.) La Toile, c'est le Bien (tm).

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La photo est petite, mais les plis, larges, réguliers, et qui vont assez loin sur l'avant, sont bien visibles. Ils sont bien verticaux.

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Musée du Vieux Marseille, dans le livre Belles de Mai. La même que plus haut.

Trois plis qui cette fois obliquent vers l'arrière et sont plus proches du dos que de l'avant. Ils ne sont pas placés à intervalle régulier.

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Met Museum La même robe que tout à l'heure, mais en couleur et mannequinée à la machette.

Un pli unique, sur l'avant, dissimulé sous les ruchés.

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Met Museum A la machette, on a dit ?

Un pli unique, assez bien dissimulé. Le plissé disparaît une fois sur les hanches.

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Met Museum. Celle-là, c'est pas à la machette qu'ils l'ont mannequinée, mais à la tronçonneuse.

Des plis intéressant : très étroits à l'endroit où ils sont cousus, mais plissés de telle manière qu'ils s'ouvrent en éventail sur les hanches.

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KCI. Les deux dernières images sont de ma collection perso : j'ai eu la chance d'aller au KCI (qui n'est pas un vrai musée, juste une collection : on ne peut pas voir les vêtement en vrai) et d'avoir accès à la database de photos. Je n'ai pas le droit de vous montrer les photos entières.

Des plis assez incroyables, puisque le deuxième vu de côté, arrive à "disparaître. Il est en réalité bien caché sous le bras.

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Galliera dans le Livre Modes & Révolution.

Comme pour la robe précédentes, l'un des deux plis est bien caché sous le bras, au point d'être à peine visible.

Parmi les rares patrons de polonaise existants, celui-ci (in The Cut of Woman's Clothes, de Nora Waughn) a aussi ce genre des plis.


Alors les robes à la polonaise sans plis sur le côtés, ça n'existe pas ? Si, j'ai quand même fini par en trouver. Une. Une seule. Et elle n'est pas pour Madame Tout le Monde.

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Vous pouvez voir le problème : elle est taillée pour une toute toute petite taille, et des hanches très menues. Tout le Volume est sur le faux-cul. Autant dire qu'essayer de reproduire ça sur un format plus classique tient du masochisme. Quand à moi, je ne m'y risquerai même pas.

On pourrait aussi évoquer l'autre patron de polonaise existant (aussi in The Cut of Woman's Clothes, de Nora Waughn) :

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C'est intéressant, mais pas forcément aussi intéressant que ça. D'abord il s'agit d'un patron pour un caraco et non une robe : le poids du tissu tombant sur les côté n'est pas le même. L'aspect recherché non plus n'est pas le même : les gravures de mode soulignent fortement l'aspect flottant du devant de la polonaise, et le fait qu'e les "basques" sont pas mal rejetées en arrière.



L'aspect flottant existe sur les robes à la polonaise, mais pas dans les gravures de mode. A quel point peut-on considérer qu'il s'agit d'une forme de licence artistique de la part de peintres et graveurs comme Romney et Moreau ? Sachant qu'on ne possède (apparemment) pas de robe qui tombe de cette manière ?

1ère image : 1778 Duchesse de Gordon, par George Romney
2ème : inconnu (Google Image Search n'est pas mon amis...)

Les deux par Moreau Le Jeune

La pièce du patron est très large. Sans doute est-ce le seul moyen de créer cet aspect flottant. Ce n'est pas ce que notre patron suédois propose, et ce n'est pas non plus l'aspect recherché, si l'on en juge d'après les gravures suédoises conservées.

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Donc, soit le patron est prévu pour des femmes au corps de sylphides, soit il y a un élément qui nous manque. en l'occurrence, il y a un élément inexpliqué : cette ligne rajoutée sur le couture côté. 

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Sur le patron, deux types de lignes en pointillé existent, celles relatives aux plis (c et d sur le schéma), et celles relatives à la modification du devant (k). Je ne vois pas ce que ce genre de modification apporterait à la couture du côté. J'envisage plutôt que ce soit un pli. Mais ça ne nous avance pas. Car le patron lui-même ne fourni pas la matière pour rajouter un pli.

Il faut cependant se rappeler que ce genre de patron n'était pas destiné à des femmes cousant chez elles, mais à des tailleurs (et peut-être de couturières : je ne sais pas comment fonctionnaient les guildes et les permissions de pratiquer l'art du tailleur en Suède). Donc des professionnels n'ayant pas besoin d'un patron précis et gradés, puisqu'ils ont déjà des techniques, mais de simples modèles. L'usage des plis est peut-être implicitement suggéré par cette ligne pointillée rajoutée.

Que peut-on tirer de ce patron alors ? Le dos est bon et utilisable tel quel (mon patron de polonaise, fait en m'inspirant de ce patron-là, fonctionnait bien et ressemble à s'y méprendre à celui-ci), mais le devant est à modifier en fonction des morphologies de chacune, en gardant à l'esprit que la pièce finale (pliée sur les côtés, par exemple) doit ressembler au devant figuré ici. Quant à la longueur, c'est en fonction des envies de chacune !


Bon maintenant, aller finir de relever le patron de ma "vieille" polonaise, et s'attaquer à une nouvelle robe polochon ! 
Historico-puriste

Costumière amateure, historienne. Aime bien rappeler qu'avant d'être un hobby de Princesses Playmobil, le costume c'est aussi une représentation de la vraie vie des vrais gens du passé. Il m'arrive ainsi de manger au petit déjeuner des marquises néo-roccoco irrespectueuses de leur matériau historique.

2 commentaires:

  1. Fantastic new dress!

    And thank you for sharing the research!

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  2. You're welcome :)

    The dress is not new, it's 3 years old, actually. But I'm starting to work on potential new Robe à la Polonaise.

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