Jet Set et Décadence

by samedi, juin 04, 2016 2 points avant
Ça va finir par devenir franchement lassant de revenir d'une expo du Palais Galliera avec la migraine. Peut-être faut-il que quelqu'un qui arrive à leur parler (puisqu'ils refusent obstinément de laisser un livre d'or pour que s'expriment les visiteurs) et à les convaincre de JETER CES PUTAINS DE TIROIRS VITRÉS.

Car oui, je suis allée voir la nouvelle expo de Galliera. Deux fois. Je devais y aller avec ma comparse d'expo Green Martha, du coup, je l'ai faite une première fois rapidement (et gratuitement) lors de la Nuit des musées, pour essuyer un peu les plâtres. Et déjà, ouf, c'est mieux éclairé. Et la dite comparse ayant des problème de vue, elle a gravement apprécié cette amélioration. C'est vaguement plus accessible pour des fauteuils roulants ou des poussettes. Sauf si il y a un peu de monde, comme lors de la Nuit des Musées, et là ce n'est juste plus accessible pour personne. Mon gros sac à main a pris les coups à ma place et je l'en remercie. Ce bâtiment est quand même l'un des lieux les plus inadaptés de Paris pour y faire un musée.

Quand je dis plus accessible... je vais quand même poser de gros bémols. On va commencer par faire semblant d'oublier qu'ils ont laissé une partie des décors débiles de la dernière expo...

Source : Le Monde

Et là je peux pas t'empêcher de me demander si les personnes travaillant dans les musées ont déjà rencontré certaines de ces petites créatures, assez proches du gremlins, qui ne connaissant que deux modes de déplacement, la course et le sauté-roulé-boulé terminé par une chute glissée sur les genoux, et que l'on appelle "le petit de l'humain". Le petit de l'humain adore courir sous les trucs ci-dessus imagés nommés tréteaux. Non vraiment, hein. Tous ceux que je connais sans exception rêveraient de faire un match de catch là-dessous. Je pense qu'il va falloir organiser des stages ethnologiques d'apprentissage des animaux sauvages de moins de 12 ans à l'attention des muséographes, des conservateurs et des Olivier Saillard (directeur de son état). Avant qu'un de ces gremlins décide de le leur expliquer lui-même et finisse à l'hôpital.

Ils ont aussi laissé l'installation de la dernière pièce, à savoir un faux mur posé au sol. Ça me pose moins de problème au niveau sécurité, mais ça fait toujours aussi installation faussement originale version 1970. Et en plus on l'a déjà vu 1000 dans 1000 musées d'art moderne. Et surtout, surtout, ça fait trois fois, TROIS FOIS, que je me casse les yeux sur ces BORDEL DE CHIER DE SALOPERIES DE MERDE de tiroirs qui ont des reflets de dingue, qui prennent beaucoup de place tout en cachant la moitié des objets qu'ils prétendent présenter (coup de cœur pour la paire de gants brodés de notes de musiques, dont la partie la plus intéressante est cachée dans l'ombre du tiroir du dessus. Impayable.), et qui sont surtout de faux tiroirs (ils sont bloqués en place) qu'on a bien évidemment envie de tripoter et de tirer. Je ne vous explique pas le travail supplémentaire pour les gardiens qui doivent constamment demander au gens de ne pas tirer sur les tiroirs : "oh bah, ça c'est con". Ben oui.

Et en dehors de la stupidité des éléments susmentionné, c'est d'une paresse formidable de ne pas changer la moitié du décor d'une expo à l'autre. Galliera, c'est tout ou rien. Soit ils muséographient à la truelle, soit ils pffffent. Hum... ok.

Ah attendez, j'entends l'argument "budget". Oui effectivement, le musée Galliera à un budget assez petit d'à peine 500 000 euros par an pour organiser ses expositions. Et vous savez quoi ? Je pense que son budget se serait vachement mieux porté de n'avoir pas fait construire ces stupides murs-et-sols qui ne servent à rien à part prendre de la place et créer des zones dangereuses. Galliera pourrait se satisfaire d'une scénographie minimale. Les costumes anciens sont des objets qui, seuls, ont déjà un impact visuel et spatial particulièrement puissant. Ils n'ont pas besoin d'un son et lumières, ni des Grandes Eaux de Versailles. Jouer le chaud et le froid, l'excès et le néant, par contre, ça entame beaucoup le sérieux (déjà pas mal écorné) du musée. Je me rappelle aussi des expos d'avant la nouvelle direction dont la muséographie était formidable et ne nuisait pas aux œuvres, sans pour autant essayer de se prendre pour le centre Pompidou : expo Les années Folles, mon amour...

Ceci dit, ils ne manquent pas d'imagination pour continuer, malgré tout, à faire chier le visiteur. A la dernière exposition, les robes étaient situé à plus d'1,20m de mes yeux, pour être sûr qu'on ne les voit pas bien du tout (pour ceux qui ont la question qui leur brûle les lèvres : oui il y a toujours des robes noires qu'on voit mal. C'est quand même la marque de fabrique de Galliera. Mais il y en a beaucoup moins que dans les deux expos précédentes. Carrément). Cette fois, elles sont en hauteur, pour être tout aussi sûr que vous ne les voyez (toujours) pas. C'est très important que vous ne puissiez pas bien voir les robes : vous êtes là pour rêver sur du bling, pour regarder vivre les fantômes de la jet-set (on en reparlera), pas pour essayer de voir le corsage plissé de cette robe de Madame Grès, ce qui est juste un tout petit peu sa spécialité. Non, le reste de la robe n'est pas plissé, oui la robe est noire, non vous ne l'apprécierez pas, sauf si vous êtes basketteur de métier dans ce cas-là, mes excuses, cette exposition est effectivement faite pour vous, j'ai rien dit.

Pour être très précise : sur la photo ci-dessus (première photo de l'article, les côtés de la photo), on a deux exemples de ces casiers en hauteur : d'un côté, un qui contient un vêtement d'enfant à hauteur d'yeux (yeah !) de l'autre une robe de femme adulte, le casier est donc logiquement (n'est-ce pas ?) mis à la même hauteur et ma tête arrive en dessous de sa taille. J'aime beaucoup les jupes à tournure, mais assez curieusement, j'aime aussi beaucoup les corsages qui vont avec les jupes à tournure. Dommage. Pour résumer, quand il y a un/e veste/corsage dans le casier, le vêtement est visible, quand ce sont des robes, démerdez-vous pour vous trouver un Géant Vert qui vous soulèvera ( Bruuuuuuuuuuce ! Ramène tes miches !). Ma comparse de visite de musées fait quinze centimètres de plus que moi. Elle a trouvé assez souvent que les costumes étaient quand même un peu hauts pour elle. 

 
 Oh la belle robe Grès à droite, dont on ne voit rien parce qu'elle trop noire et trop haute. Il faudra me croire sur parole, le bustier en est plissé.
Source : Paris bouge qui a beaucoup d'humour et titre que la mode s'étudie à Galliera. J'en pouffe encore.

J'en déduis qu'Olivier Saillard qui se vante bien fort partout d'être responsable de cette expo est très TRÈS grand. J'ai donc très fort envie de lui conseiller d'essayer de visiter son expo en fauteuil roulant, pour essayer d'appréhender la vie d'une autre manière et peut-être modifier un petit peu son rapport à l'art. Il s'amusera ainsi beaucoup à essayer d'apprécier les divers costumes posés à plat qui m'arrivaient un petit peu au-dessus de la taille. Les costumes posés à plat, dans les musées du costume, c'est une obligation. Certaines œuvres ne peuvent pas être montées sur des mannequins pour des raisons de conservation, d'état (souvent impossibles à restaurer), etc. Du coup, il faut avoir une vraie réflexion sur l'accessibilité dans des cas comme ça. Et à mon avis, c'est plus facile que de réfléchir à une accessibilité des mal-voyants dans un musée où la luminosité limitée est aussi une obligation de conservation. A Galliera, la réflexion sur ce genre de sujets, on lui dit flûte. Et bien pire.


Galliera c'était un mythe pour moi. Maintenant, j'y vais à reculons. Vraiment. Je n'ai pas pris de plaisir à la première visite. Je me suis limite ennuyée à la deuxième, n'aurait été la présence d'une spécialiste qui a visité avec nous et qui nous expliquait les méthodes de restauration qu'on utilise sur tel ou tels type de vêtements. En gros, l'élément qui m'a le plus intéressé, était un élément extérieur.

Les dernières très bonnes expositions que j'ai vues à Galliera c'était Les années folles et Sous l'empire des crinolines... les deux dernières expositions avant l'arrivée d'Olivier Saillard à la tête du musée. Je vois un très fort lien de cause à effet entre les deux éléments. Depuis, seule Paris Haute Couture (hors les murs) sortait son épingle du jeu. Roman d'une garde-robe (Hors les murs) avait du très bon et du très mauvais, mais j'en garde un souvenir correct. Je ne suis pas sûre que Saillard y ait tellement participé, vue qu'elles étaient, justement, hors les murs et qu'il passait beaucoup plus de temps avec Tilda Swinton à ce moment-là. 

Pour les autres que j'ai vues (je n'ai pas fait toutes les expos Galliera depuis 2010, je précise), les mauvais souvenirs prennent le pas sur les bons. Non, soyons précise : je garde des mauvais souvenirs des muséographies affreuses, du fond "scientifique" d'une pauvreté parfois subliminale et d'une arrogance achevée, des choix bancals de pièces à montrer, et des mannequinages ratés. Les œuvres elles-mêmes sont toujours parfaites : le fond est merveilleux et la conservation est presque toujours au top. En fait, c'est la seule raison pour laquelle je continue à m'infliger cette purge que sont devenues les expos Galliera.

Je dis que la conservation est "presque" toujours au top, parce qu'il y a trois jupes/jupons populaires du XVIIIe siècle dans la dernière expo qui, clairement, n'ont pas été restaurés ou si peu (ils sont en mauvais état, beaucoup utilisés à leur époque, pourtant, il n'y a aucun signe de restauration des accrocs, ni de renforts rajoutés pour supporter leur poids alors qu'ils sont montés sur mannequins et non à plat). Envoyer des vêtements du XVIIIe siècle non restaurés en expo, c'est un crime. Honte à Galliera. Et je suis certaine que c'est parce que ces vêtements sont populaires qu'ils ont droit à moins d'égards.

 
Ils sont beaux, ces vêtements populaires, non ?
Source : Paris Social Diary 

Les mannequinages ratés, c'est aussi volontaire. Et sur cette exposition le parti-pris est encore plus visible que sur les exposition précédentes (même s'il y avait déjà de flagrants exemples). Montrer des robes de femmes fortes sur des tailles 34, c'est insultant. En plus d'être une conception élitiste de la mode. Et d'être non-scientifique dans l'approche de la mode. Et c'est misogyne. Et c'est mauvais pour les robes, puisque, évidemment, elles pendouillent bizarrement, ce qui tire plus sur les coutures. Bref, je conseille, et la guillotine et le bûcher pour l'équipe de mannequinage, et évidemment Olivier Saillard, parce que ce niveau-là, c'est clairement un ordre qui leur a été donné de gommer les corps.

Je ne viens donc plus à Galliera que pour les collections et à chaque fois, je me tape le fond de l'expo comme un pensum. Et ça n'a jamais raté. Il faut d'abord que vous compreniez quel genre de visiteuse je suis. Je veux voir les détails techniques et donc m'approcher des œuvres. Et pas seulement par rapport à des sujets où je suis experte, comme le costume. Non, je vois un tableau, j'ai besoin de m'approcher pour voir les coups de pinceau, comprendre comment ils ont créé les ombres, les drapés. Pourtant, je suis un fenouil anesthésié dès que j'ai un crayon à la main. J'aime m'attarder devant les œuvres, pour les comprendre techniquement, visuellement et émotionnellement. J'aime aussi qu'on m'explique des trucs, qu'on m'apprenne des choses, je lis tous les cartels en entier, toujours. J'aime montrer du doigts des détails (sans toucher, évidemment) aux gens qui m'accompagnent. J'aime PRENDRE DES PHOTOS, bordel. Pour pouvoir revenir sur ce que j'ai vu en exposition.

Bref. Je ne peux rien faire de tout ça à Galliera.

S'attarder devant une œuvre, c'est difficile dès qu'il y a un peu de monde (musée trop petit, agencement fait pour le passage, pas pour s'attarder, trop peu de fauteuils pour se poser). S'approcher ou même tendre le doigt, c'est risquer de se faire interpeler automatiquement par un gardien. Alors oui, je sais, les gens touchent, ils sont cons et mal-élevés, certes. Je l'ai constaté de mes yeux dans d'autres musées du costume. Pourtant, dans un musée des beaux-arts, les gens ne touchent pas les toiles. Pourquoi ? Parce qu'il y a une pédagogie à faire. Faite depuis longtemps dans les musées de beaux-arts. Et se faire engueuler par les gardiens, bah c'est moyennement pédago. Par contre faire un petit speech au niveau de l'entrée, pour expliquer que les tissus c'est fragile, que les doigts, même propres, sont gras, etc., ça pourrait faire évoluer les choses. Dans les musées où on peut prendre des photos, l'explication à l'entrée de supprimer le flash, ça marche. Depuis quelques années, je vois considérablement moins de flash utilisés en musées.

Admirer pleinement une œuvre, c'est tout aussi impossible. Sans parler du fait qu'elles sont trop hautes, les musées du costume persistent à ne pas mettre de miroir derrière les robes, où à les mettre de manière stupides (à l'expo Lanvin, ça faisait palais des glaces, je ne compte pas le nombre de fois où j'ai juste perdu mes repères sans pouvoir pour autant profiter mieux des robes). Ici, c'est encore pire : la seule salle qui a des miroirs, ils ne sont là que pour faire des effets de muséographie. Bof bof bof.

Vive les miroirs sur le côté ou situés en dessous du niveau de l'ourlet de la jupe. Kiffant. NOT.
Source : Le Monde

Évidemment, l'interdiction de prendre des photos est aussi une connerie monumentale, une méconnaissance désastreuse du rapport des gens à l'image et au partage en 2016, ou même de la notion de compréhension et d'appropriation de l’œuvre à travers l'image. Je rappelle que le ministère de la culture a beaucoup étudié la question et finalement établi une charte POUR la photographie. Une œuvre photographiée offre des informations différentes, des points de vue différents par rapport à une œuvre de visu. Partager les œuvres d'une expo sur les réseaux sociaux peut amener un nouveau public dans les musées : le bouche à oreille n'a jamais aussi bien marché que depuis l'apparition de Twitter. Aucun musée digne de ce nom ne peut continuer à survivre sans accepter les nouveaux moyens qu'a le public de "vivre" les expositions. Et venant de Galliera, qui mise autant sur l'aspect émotionnel de ses expos, c'est encore plus incompréhensible. 

Ne me parlez pas des catalogues d'exposition, celui que vient de sortir Galliera est un gâchis d'encre et de papier scandaleux. Je ne vois pas qui pourrait avoir envie d'acheter un catalogue où des chaussures blanches sur fond blanc sont photographiées au téléobjectif ou un habit bleu sur bleu pour faire mal au yeux. A part les gens qui aiment frimer en ayant un catalogue d'expo sur leur table basse sans jamais l'ouvrir, je ne vois pas.

L'art trop négligé de se foutre de la gueule du monde. 
Photos issues du catalogue d'expo.

Là où Galliera commence à devenir un musée franchement inquiétant, c'est sur le fond scientifique et l'écriture des cartels et des textes d'introduction (les grands panneaux explicatifs au mur de chaque salle). Ça fait longtemps que c'est inquiétant, mais ça empire.

Au début j'ai ri, hein. La première fois. J'ai cru à une blague... Je suis navrée pour Olivier Saillard : il est, de toute évidence, un artiste raté qui se rêve pouète, et qui distribue sa frustration artistique sur les murs de Galliera comme d'autres taguent leur noms de manière compulsive, comme un TOC. Mais il n'a pas à me faire subir ça. Ni à personne d'autre, d'ailleurs. Ces textes ampoulés, précieux, arrogants me font péter des veines dans le cerveau à chaque fois, et comme je l'ai dit, ça devient encore plus insupportable. 

Et en plus, il a droit à des articles dans le Monde pour dire son plaisir à écrire des textes débiles. Oui, il y a des gens qui aiment ça (même si ce n'est pas ce que dit la visiteuse dans l'article, hein), et c'est pour ça qu'on a inventé... LES LIVRES. Et je pense qu'il devrait essayer d'en faire un pour son public pouéteux, juste parce que j'aimerais conserver mes neurones, et que je ne suis pas la seule dans ce cas. Galliera est un MUSÉE et en tant que tel a une mission (indice : pédagogique), et ce n'est pas de servir de chaussette masturbatoire pour les éjaculations verbeuses de son directeur. 

Vous avez besoin d'un exemple ? Vous l'aurez voulu.

Maintenant, vous développerez une argumentation en 4 parties bien ordonnées sur ce que vous avez appris sur la mode, l'exposition, les collections du Musée Galliera à partir de cet extrait : vous avez 4 heures, la calculatrice est interdite. Il est interdit d'évoquer le bikini de la petite sirène.

Maintenant, effectivement, il y a un gros éléphant rose à rayures jaune fluo au milieu de la pelouse qui essaye de me dire des trucs graves, du genre : Galliera a renoncé à sa mission muséale parce que "(il) est plus proche d'un centre chorégraphique que d'un musée". Mais je suis là, moi, aujourd'hui, pour dire que je refuse ce genre de raisonnements, je refuse ce rapport de l'art à du bling bling happening et je suis là pour rappeler que pour faire des centres chorégraphiques, on a déjà... des centres chorégraphiques. Je suis le public, j'ai parlé avec d'autres membres du public, et je peux dire qu'une bonne partie du-dit public n'est pas jouasse du tout de cette orientation. Et sans le public, monsieur le directeur de Galliera va finir en slibard dans les jardins de son petit palais du XVIe arrondissement. 

Parce que même si cette nouvelle orientation amène des mécènes qui doivent tellement s'emmerder dans la vie qu'il n'y a que les paillettes jet-setteuses qui leur plaisent, et même si Olivier Saillard a un vrai talent pour réussir à revendre ses expos à l'étranger, ça ne signifie pas que le musée va survivre longtemps à ce bulldozer de bullshit. Depuis quelques années, chaque fois que je vais à Galliera, les salles sont pas mal vides de visiteurs. Et c'est également la troisième fois que je visite le musée un soir de Nuit des Musées, et c'est la première fois que je vois une affluence aussi faible pour ce musée.


Si je parle ici de paillettes jet-setteuses, ce n'est pas par hasard. Car cette expo en particulier, est une reconstitution extrêmement poussée des pages de Paris Match. Vous saurez tout sur la duchesse de Windsor ou la duchesse d'Orléans, ceux des divers familles royales et impériales françaises, vous apprendrez qu'une aventurière est un personnage public fan de charité, et que les courtisanes, ça n'existe plus parce que Cléo de Mérode était avant tout une danseuse (et mon cul, c'est du poulet). Bref, on vous parlera people, et au milieu de ça, vous aurez des robes, avec le minimum vital d'information : le rapport de taille de texte entre biographies de jet-setteurs et explications des robes est de 3 pour 1. Du coup, les explication des trop rares vêtements populaires ressortent du lot : elles sont trop courtes, mais comme elles ne sont pas accompagnées de biographies (faire des recherches alors qu'on connait le nom de la femme qui a donné le tablier de son mari jardinier ? Pfff, quelle idée ! C'est du populaire... Bref. Fin de l’aparté.), on profite beaucoup plus de ce qui est dit. Moi qui lit touts les cartels, tout le temps, de toutes les expos où je vais, j'ai renoncé deux salles avant la fin. C'était insupportable. Un calvaire. Je me fous de la vie de patin machin couffin, surtout quand patin machin couffin n'a pas eu d'autre vie que d'être riche. Surtout après m'être tapée de la saloperie de commentaire LikeTheAncienRégime dans la salle précédente. Parce que oui, à Galliera, on est très pro-royauté et empire. Beurk.

 
Ceci est un SOS : quelqu'un peut-il tenter de m'expliquer le lien entre une robe d'infirmière de la première guerre, une robe (rouge) de film portée par Bardo, et une robe inspirée des peignoirs de piscine par Thierry Mugler ? Je sèche. Complètement.
Source :  Paris bouge


Le summum de cette disparité de traitement du populaire et du jet-setteur se trouve dans la seconde salle, et elle m'a profondément choquée. Je suis de la plèbe, moi. Je descends de pêcheurs, de paysans, d'ouvriers. J'ai donc des réactions très très épidermiques quand je me retrouve devant des installations qui puent le mépris du populaire. Mais ça me met surtout en colère quand c'est fait sans s'en rendre compte. Parce que je crois vraiment qu'ils ne se sont pas rendu compte à quel point leur installation était horrible, que ce mépris de classe leur vient tout naturellement.

Si dans la première salle les vêtements populaires étaient installés sur des mannequins, dans la seconde, il n'y a plus qu'un seul qui a cet honneur, un uniforme d'infirmière de la première guerre. Arrivée dans la salle, on constate avec effroi la présence de cadre noirs sur les murs, c'est très funèbre. Et dans ces cadres, épinglés comme des papillons morts et desséchés, des tabliers et des vêtements de travail : servante, jardinier, blanchisseuse, etc. Et en face de ces cadres noirs, au milieu de la salle, montés sur des mannequins, vivants, incarnés, parfois débordants de couleurs (ce que ne sont évidemment pas des vêtements de travail qui sont blancs, bleu foncé ou noirs), les vêtements de l'élite. Si tous les costumes de la salle avaient été présentés dans ces cadres noirs, l'ambiance n'en aurait pas moins été funèbre, mais cela aurait au moins eu le mérite de lisser le mépris de classe, et surtout la volonté de d'établir cette distinction abominable entre la vie, la lumière et les paillettes de grands de ce monde, et la platitude terne du travailleur, où l'humain disparait, s'écrase littéralement derrière la blouse (il n'y a même pas de vêtements populaires non liés au travail dans cette salle : le commun du XIXe et du XXe siècle n'est que travail...).

 
 La photo a été extrêmement éclairice par le photographe. Les cadres sont d'un noir profond, et la lumière de la salle est plus basse aussi.
Source : Le Monde
C'est la seule que j'ai réussi à trouver en ligne qui montre cette installation.

Rien que de repenser à cette présentation, j'en ai les mains qui tremblent. Je pense à ma grand-mère qui a travaillé à l'usine à 13 ans, et donc la blouse de travail pourrait être là, la réduisant à rien. Olivier Saillard ne cesse de parler de "l'émotion du corps disparu" (photo plus haut), et du souvenir des fantômes qui ont porté ces vêtements. Je crois qu'il y avait beaucoup de fantômes en colère dans cette salle...

La fin de l'exposition, soit deux salles et environ 15 costumes, est intégralement dédiée à la mode post-1980. 15 costumes, c'est plus que tout ce qui est présenté en costumes XVIIIe siècle. Alors que le musée possède une des collections XVIIIe les plus importantes du monde. Si, comme le titre de l'expo le prétend, on avait droit à une vraie anatomie de collection, il aurait fallu insister sur l'importance particulière de cette partie de la collection. Il aurait fallu avoir une "vraie" robe à la polonaise (robe très rarement conservée ; Galliéra en a 3, il me semble), des corps baleinés (corsets), des chaussures, des gravures XVIIIe siècle. Et même des gravures XIXe siècle. Des catalogues d'échantillons de maisons de couture, des magazines de modes. und so weiter

Non seulement cette exposition ne remplit pas ses promesses d'anatomie de collection, puisqu'on n'a droit qu'à des pièces portées par des gens connus et non des pièces emblématiques de la Mode telle qu'elle a été envisagée au prisme d'une collection muséale-- ce qui est très très différent --, mais encore une fois, on a aussi cette disparité absurde voulant que le XXe siècle, et surtout la fin du XXe et les premières années du XXIe, soit représenté de manière complètement disproportionnée. Avoir dans l'expo du Castelbajac et du Gaultier me semble une évidence, de même que les robes extrêmes de Comme des Garçon et Martin Margiela, parce qu'elles parlent de choix muséaux, elles parlent de construction de collection, et de comment des pièces extraordinaires et/ou folles comme la robe poisson de Castlebajac ou la tenue perruque de Margiela sont forcément repérées par des conservateurs pour finir au musée. Par contre, la tenue (moche) que portait Tilda Swinton à Cannes il y a deux ans, elle ne parle à nouveau que de jet-set, et pire, d’accointances personnelles, puisque Olivier Saillard prétend faire de l'art happening avec la dite Tilda Swinton.

***

Je n'ai donc pas aimé la dernière expo de Galliera. Ni la précédente. Ni celle d'avant. Forcément vous devez vous demander pourquoi je continue à m'acharner, à aller les voir, à les commenter. Pourquoi, hein ? Parce que j'ai adoré le musée Galliera. Quand je vivais en Province et que je venais une fois par an, je venais au musée Galliera avec des étoiles dans les yeux. C'est pour aller au Palais Galliera que mes parents m'ont pour la première fois lâcher seule dans Paris dans le métro, quand j'étais ado. C'est pour l'amour de Galliera que j'ai vécu ma première expérience traumatique de la RATP, venant de ma petite campagne. C'est à travers ses expos que mon amour, et mes premières connaissances du costume et de la mode sont nées. Je ne serais pas devenue la passionnée que je suis aujourd'hui sans Galliera. Ce musée, je l'ai dans la peau.

Et il est en train de mourir. Ce musée est moribond. Il n'y a plus le moindre caractère scientifique dans ses expos, elles ne remplissent plus le rôle pédagogique qu'on attend d'un musée, surtout de cette importance et de cette renommée mondiale, elles ne sont pas ce qu'elles prétendent être et ne répondent donc pas aux attentes des gens qui y viennent (l'anatomie d'une collection, ce n'est pas la même chose que la présentation des pièces portées par les gens célèbres), elles sont mal présentées (et le confort de visite, c'est un truc très important dans un musée, beaucoup trop de gens ont le tord de prendre ça par dessous la jambe).

Et surtout, les pièces souffrent physiquement d'être mal mannequinées, et PRÉSENTÉES BEAUCOUP TROP SOUVENT. Des pièces que j'ai vu dans l'expo Lanvin ou l'expo Paris Haute Couture, je les ai revues dans l'expo Grefullhe ou dans cette dernière exposition. Ce n'est pas ACCEPTABLE. Les vêtements doivent reposer plusieurs années entre les expositions. Olivier Saillard a beau jeu de prétendre respecter ces normes dans Madame Figaro, mais les faits sont contre lui. 

Alors oui, je continue à aller à Galliera, à la fois pour y chercher un sursaut de vie, de science, un restes de ses beaux jours, et j'y vais aussi pour être le témoin de sa destruction systématique par son directeur. Et en tant que témoin, je témoigne, c'est bien le moins qu'on peut attendre d'une passionnée comme moi. 

Je continuerai à témoigner aussi longtemps qu'il le faudra jusqu'à ce que quelqu'un, à la mairie de Paris, m'entende hurler. 

Je continuerai de hurler ma peine et ma colère jusqu'à ce qu'Olivier Saillard soit viré sans pertes mais avec fracas et que le musée Galliera soit sauvé avant de devenir un vaisseau fantôme.
Historico-puriste

Costumière amateure, historienne. Aime bien rappeler qu'avant d'être un hobby de Princesses Playmobil, le costume c'est aussi une représentation de la vraie vie des vrais gens du passé. Il m'arrive ainsi de manger au petit déjeuner des marquises néo-roccoco irrespectueuses de leur matériau historique.

2 commentaires:

  1. AH AH AH !!!!! Je retrouve dans ces mots la colère que j'avais éprouvée il y a pas mal d'années , en découvrant les nouvelles salles d'exposition de bijoux au Musée des Arts Décoratifs...Le noir presque complet ....une honte ...Je m'étais jetée à la sortie sur le cahier permettant d'exprimer son ressenti !!!!Je n'ai pas vu Galliera depuis longtemps ...Vous ne me donnez pas vraiment envie de faire le voyage depuis la Provence !!!!! Vous avez bien fait de vous lâcher ....ça fait du bien de temps en temps !!!! NN

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  2. Et bien moi qui voulais aller voir cette exposition cet été je me demande finalement si je vais y aller .... C'est vrai que la dernière était pas vraiment génial du fait de la mise en scène ... L'obscurité des salle n'était pas génial et le parcours de l'expo n'etait vraiment pas idéal...
    Bref ... voila que je me pose sérieusement la question d'y aller ou pas ...

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