La robe d'arménien de Jean-Jacques Rousseau

by mardi, janvier 24, 2017 0 points avant
Jean-Jacques Rousseau, par Allan Ramsay, en 1766


Le 13 septembre 1762, Rousseau envoie une lettre à une de ses amies, Marie-Françoise de Luze née Warney, dont le mari a un grand-père qui a créé une fabrique de toiles peintes au Bied dans le canton
de Neuchâtel en 173. Il souhaite lui demander de l'aider à trouver de quoi se faire une robe d'Arménien, ce qui correspond plus ou moins à une forme de banyan, bordé de fourrure, et souvent accompagné d'un bonnet aussi fourré.
"Il s’agiroit de me rendre un service semblable à ce lui que vous avez rendu à Mme Boi-de-la-Tour lorsqu’elle fut vous voir, en me choisissant dans vos magasins quelque coupon d’indienne dont je pusse me faire une robbe d’Arménien, même deux si le cas y écheoit. Je souhaiterois que le fond ne fût pas blanc et salissant, un petit dessin qui ne fut pas montant, une toile fine et non pas claire, car je l’aimerois encore mieux serrée et grosse, et je préfère aussi la qualité au bon goût. Au reste je soumets le mien au vôtre, et pourvû que l’indienne soit de vôtre choix, quand ces conditions ne s’y trouveroient pas, j’en serois toujours content.
Quant à l’aunage, le moins que doit avoir le Coupon est trois aunes, mais quand il auroit le double, le triple et d’avantage, il n’importe, j’en trouverai toujours l’emploi ; et de deux. Ce n’est pas tout ; il faudroit aussi que vous voulussiez bien me faire l’emplette de quelque doublure chaude pour la dite robe, comme flanelle ou molleton ; il en faudrait la quantité qui répond à trois aulnes et demie d’Indienne, plutôt plus que moins."
Cinq jours plus tard, il a reçu les échantillons :
Voilà, Madame, les échantillons que vous avez eu la bonté de m’envoyer ; j’ai marqué celui que je préfère quoiqu’à dire vrai j’eusse mieux aimé un dessin plus petit, mais tenons-nous, s’il vous plaît, à celui-là, plustôt que de prolonger l’embarras que vous donne cette négociation.
J’ai laissé l’aunage indéterminé, comptant sur un coupon, mais puisqu’il faut prendre la pièce, je m’en tiendrai d’abord, selon votre avis, à trois aulnes et demie, dont il vous plaira de marquer le prix en les envoyant, de même que la flanelle pareille à l’échantillon..
Encore une semaine plus tard, le motif lui ayant finalement assez plu (et le prix aussi), il en recommande :
Il s’agit de cinq aulnes encore de la même Indienne, tant elle a paru jolie et à bon marché.
J’ai déjà remis à M. d’Ivernois l’argent du précédent envoi et il voudra bien se charger encore de celui de ces cinq aulnes, lequel vous sera remis avec cette lettre, de même que la toile cirée qui couvroit le précédent pacquet, afin qu’elle serve encore à couvrir celui-ci.
Il me semble au reste que l’échantillon que j’avois marqué était brun, au lieu que ce fond ci est lilac : mais n’importe; dans un beau caffetan couleur de lilac j’aurai l’air d’un petit agréable de Téflis ou d’Erivan, et je crois que cela m’ira fort bien. C’est domage que je ne sois pas à portée de vous éblouïr de ma magnificence arménienne, et de vous faire homage de ma parure. C’est domage aussi qu’avec un si bel étalage je ne sois pas de ceux qui peuvent offrir ni vous de celles qui daignent aggréer le Salamalec Lyonnois.
Voilà, ces petits extraits, pour vous donnez envie d'en savoir plus. Il sont tirés d'un article écrit par Yolande Crowe en 2007, "Le manteau arménien de Jean-Jacques Rousseau", à propos de la garde-robe de Rousseau en matière de manteaux d'arménien. Je le conseille à votre curiosité : on peut le trouver ici sous forme de pdf.
Historico-puriste

Costumière amateure, historienne. Aime bien rappeler qu'avant d'être un hobby de Princesses Playmobil, le costume c'est aussi une représentation de la vraie vie des vrais gens du passé. Il m'arrive ainsi de manger au petit déjeuner des marquises néo-roccoco irrespectueuses de leur matériau historique.

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