"En r'tard, en r'tard !" disait le lapin blanc

by samedi, avril 13, 2013 7 points avant
Avant d'avancer sur de nouveaux costumes (certains tablier et manteau de lit XVIIIe, certaine envie d'une robe empire en coton vert pomme...), je me suis rappelé que j'avais un certain retard de costumes à rattraper. La robe médiévale n'étant pas ma priorité, ni à re-porter (pour le photographier), ni à vous montrer (la pluie a plus de sex-appeal), j'ai cette petite robe empire qui attend depuis septembre dernier.

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C'est ma maison de campagne. Une bicoque, tout au plus, 
sans la TV, ni l'eau courante : nous somme des gens simples.

En Septembre dernier à Rueil, a été organisé un jubilé impérial avec tout ce que ça a de kitsch et avec des organisateurs plus que douteux (OMG Dimitri Casali... Casali fait des opéra-rocks napoléoniens mythiques, prône une histoire franco-gallo-française moisie à l'école, flirte avec les fachos de Boulevard Voltaire. Un personnage a-do-ra-ble.).

Donc, avec Audrey, on y est allées en marge de l'officiel, juste pour le plaisir de se costumer à la Malmaison...

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 ... et de voir du soldat en bivouac :)

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Et finalement, je suis assez ravie, de ne pas avoir vu les robes de cour reconstituées, et tout le tralala officiel, car après avoir admiré sur internet l'incroyable travail de broderie (et je me suis longtemps tatée avant de vous mettre une photo j'ai décidé d'enlever la photo parce que la couturière ne veut pas voir de photos de son travail associées à une critique de travail en Inde, et moi j'étais gênée depuis le début de mettre une photo qui faisait malgré tout l'apologie de cette exploitation : on est au moins d'accord sur une chose, à défaut d'être d'accord sur le fond), j'ai appris qu'il avait effectué au Pakistan en Inde. Grosse envie de vomir. Exploiter la misère des femmes pakistanaises hommes indiens, et faire travailler des enfants des adolescents pour pouvoir jouer à reconstituer les fastes des bals d'un dictateur. Très classe.


Moi, ma robe, je l'ai faite de mes blanches mimines :P

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Plus haut, mes yeux sont

La décision d'aller faire une tour à la Malmaison ayant été prise moins de 10 jours avant, j'ai eu une semaine pour me faire une nouvelle robe (porter un de mes vieux machins ? Mais pour qui me prenez-vous !! La plupart de mes robes n'ont pas été portées plus de deux fois...). Lorsque je suis précipitée chez mon dealer de drogue de tissu, j'avais une idée assez précise de ce que je voulais (c'est mal, d'avoir des idées trop précise) : du plumetis. Avait pas. Des pois ? Avait. Des pois énormes, des pois en synthétiques, des pois à paillettes qui tâchent. Un seul tissu à pois convenable pour faire une robe empire et il ne lui en restait pas deux mètres.

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La ligne bleue des Vosges...
© Audrey

En désespoir de cause, je me suis rabattue sur le seul tissu potable, un coton-soie très très fin (mais très très beau) à carreaux. A travailler : aïeuh ! Du coup, mon dos de robe est un peu chantourné. Mais, c'est du 100% cousu main, ça compense :)

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première photo © Audrey

La robe, donc, avec ses petits plis pas complètement religieuse (pas en une semaine !) en bas de la jupe. La robe est volontairement taillée pour ne pas "traîner"derrière, ni cacher les pieds devant : c'est une "robe de jour, conçue pour marcher, se promener. (Les promenades "à la la Elizabeth Bennet", même si fortement critiquée par sa mère, sont en fait pas mal à la mode depuis le dernier 1/4 du XVIIIe, en Angleterre, comme en France.)

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Mais hon, là j'ai le soleil dans les yeux, 
me prends pas en photo !

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photos 3 et 4 © Audrey.

Le patron que j'utilise est, comme souvent, celui de Past Pattern, donc tiré d'une vraie robe. J'ai modifiée les manches pour en faire des manches ballon, et j'ai complètement modifiée la fermeture devant.

Je voulais vous montrer comment fonctionne la fermeture frontale, objet d'un coup de folie créatrice que j'ai eu pendant la semaine de confection de la robe ("oh, et si j'improvisais un truc complètement dingue dont je ne sais même pas s'il va marché, juste parce que j'ai envie de le tester LÀ, MAINTENANT, non non je ne manque absolument pas de temps pour ça"), mais malheureusement, j'ai reporté la robe au Réveillon de Noël, et sa rencontre avec une poignée de porte fut fatale : elle est maintenant déchirée et attend une méticuleuse réparation que je n'ai pas le courage d'attaquer dans l'immédiat :(

Je vais donc vous montrer ce qui a inspiré la fermeture, à défaut de vous la montrer elle-même (oui, je sais, c'est pas la panacée).

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Costume in Detail de Nancy Bradfield 

J'ai "découvert" ce genre de fermeture sur une robe d'un musée privé (donc je n'ai pas de photo), robe datant de 1815-1818. Mais en revérifiant ma bible Bradfield, j'ai constaté que c'est beaucoup plus ancien : la première photo montre une robe modifiée dans les années 1790 et permet de se rendre compte de comment est "né" cette fermeture (on a simplement épinglé la jupe de dessous par dessus les deux pans du corsage, au lieu de la cacher dessous comme auparavant). La seconde robe est fin 1790s et la troisième est 1815, bouclant la boucle avec la robe vue en musée. La dernière image, datant des années 1820, tend à prouver que cette fermeture a eu une très longue popularité.

EDIT TO ADD : une robe avec ce style de fermeture est passée sur Ebay il y a quelque temps, et elle  a été répostée sur le (merveilleux) blog All the Pretty Dresses.

Alors pourquoi elle n'est pas reconstituée plus souvent ? J'ai peut-être un élément de réponse. La mienne fut un ratage. Pour commencer, j'ai voulu faire un pan-tablier de jupe qui se fixe avec des épingles, comme sur les deux premières images et qui se fixe sous les bras comme la toute première image : ne faites pas ça ! La fermeture devient très très TRES dure à fermer seule. J'ai dû me contorsionner, me piquer plusieurs fois pour un résultat plus que limite. Au final, j'ai renoncé et rajouté des liens qui se nouent sous l'arrière de la jupe comme sur les deux dernières photos.

Mais ça n'a pas tout à fait réglé mon problème : en effet, j'ai fait un corsage (en deux pans qui se ferment au centre, donc), très étroit en hauteur, et le ligne de taille se trouve haut. Le pan-tablier ne tient donc pas seul, il faut le fixer avec plusieurs épingles. Et ça ne fonctionne pas très bien, d'où la ceinture que je porte comme cache-misère à la Malmaison. Néanmoins, j'ai eu moins de difficultés à gérer cette partie-là, quand j'ai re-porté la robe. Je conseille pour qui voudrait tenter de n'utiliser cette fermeture que sur un corsage un peu plus long. Donc pré-1798- et post-1810. Oh, et comme par hasard, les robes qui sont dans Bradfield correspondent à ces bornes chrono...

Et un jour promis, je finirai par faire de vraies photos de cette robe !

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PS : si vous essayez de commenter, vous remarquerez peut-être que j'ai supprimé les commentaires anonymes. C'est parce que j'ai une morue de trolleuse qui croit que c'est intelligent de commenter en anonyme, alors que bon, moi je me contente de pseudos. L'anonymat étant la matraque des gens les plus dangereux, je ne joue pas avec ça.
Historico-puriste

Costumière amateure, historienne. Aime bien rappeler qu'avant d'être un hobby de Princesses Playmobil, le costume c'est aussi une représentation de la vraie vie des vrais gens du passé. Il m'arrive ainsi de manger au petit déjeuner des marquises néo-roccoco irrespectueuses de leur matériau historique.

7 commentaires:

  1. Heileen, I corrected the facts on your Facebook page and would like your readers to also know the truth. As the maker of the court trains and gowns for Malmaison I commissioned the embroidery to be made in India. I am totally against any form of exploitation and I do not want a photo of my work to be associated with your suggestion of exploitation. I worked very closely with the professional atelier in India who produced wonderful work. They do not exploit women and children. As an embroiderer myself I have full appreciation of the time, effort and skill which is involved in such work.

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  2. I didn't want to start a fight on FB, but your idea of what the "truth" of exploitation is left me dreamy...

    It is a truth universally acknowledge that when one delocalised an art that has enable practicers in Europe to the shores of India, this is for the beauty of the work only and not because an Indian worker is paid, at the very very best (and are they few to have this chance), 275 € /months. It is a truth universally acknowledge that money is NOT the nerve of exploitation. And above all, it is known to everybody with an heart and a soul that only children and women can be exploited, men being to strong a sex to fall so low. Let's precise for the sake of argumentation that an apprentice that starts learning at 13 also magically stop being a child, it will just make the conversation healthier.

    But if we were to forget such base subject as money, and talk about the conditions under which these non-exploited men work : 14 hours, working sitting on the floor in a low-celling hotted room with barely an aeration, muslins for most of them subjected to barely unveiled racism, fired on the first occasion (and of course, without endemnities). In a country where it is still considered an honnor to have a buisness/profession/talent to pass on to ones son, these men dream of only one thing : saving their sons from having the same life as them.

    I'm really impressed that you worked closely with the atelier : you went to India ? In a visit organised by the owner of the atelier ? Must have been very instructive. Did you retuned to India after this first time ? Made surprised visits ? Ask the workers directly how was their job ? Enquire about their rights : health insurance, work code, etc ? Or did you just closely monitored from England ? I would be very much impressed that you managed to obtain better work conditions than someone so much more powerful than you as the owner/designer of Antik Batik.

    I understand that you want to protect your buisness and your reputation, but don't you DARE pretend people are not exploited in India, and don't you DARE pretend you chose India for the beauty of the art.

    http://www.lemonde.fr/style/article/2012/09/07/les-indiens-petites-mains-du-luxe_1756515_1575563.html

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  3. I do not DARE pretend that people are not exploited in India. I made no general statement to this effect. I am not blind to what happens there. I can only speak from my own experience of the atelier I worked with for this project which is reputable and the work was carried out in good conditions. It is a family business which is well established.
    I also chose this atelier because I have worked with them before and produce high quality reproductions of early 19th century embroidery which many embroidery companies in Europe cannot replicate.
    Yes, I did in this case choose India for the beauty of their art because for centuries they have the tradition of a high standard of goldwork embroidery and have an understanding of period techniques which they still use!

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  5. T'es un vrai seigneur, toi : au moins les femmes, quand elles commentent, elles sont grasses mais suffisamment décentes pour avoir le droit de ne pas se faire nettoyer des coms comme de la merde de caniche au coin d'un trottoir. Toi par contre, tu tombes dans la catégorie vide-ordures -- ou ordure tout court -- tout de suite : et salutation à ta copine. Non seulement, elle ne sait pas se défendre seule, mais en plus, elle envoie un demeuré se battre à sa place. Vraiment la crème de la société.

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  6. Ma prune histo,



    J'adore définitivement les dos des robes empire. Je crois qu'il m'en faut une, une histo s'entend, or il me semble que nous aurons l'occasion de nous voir prochainement: ce sera bien l'occasion de voir si je peux toujours coudre aussi rapidement malgré la perte partielle de l'usage de mon index gauche.



    J'aurais un autre projet, moins histo et plus féerique si j'ose dire, à soumettre à ta sagacité. Il s'agit d'un costume de déesse, en l’occurrence la petite enchanteresse brune de mes contes. Ses robes ont une taille haute comme les robes empire, même si le bas est très différent et je pensais m'inspirer de ce genre de dos.

    Pour le tissu, je pensais ...choisir un truc 100% synthétique genre satin flashy et le barbouiller d'acrylique (hon, non en fait) ...fouiller mes placards pour voir si j'ai un coton ou apparenté qui convient, mes couleurs sont le rouge (plutôt pourpre) et le blanc (pur ou cassé, suivant possibilités). Dans l'idéal, ...j’incrusterais des strass et quelques breloques en plastique arrachés au mobilier de Barbie Hollywood (hon, non, toujours pas) ...il me faudrait broder des lys et du jasmin, à la main s'entend, il faudra donc que je passe en revu les différents rendus des techniques qui existent pour choisir la méthode.



    Marion avait dans l'idée de faire une expo photo artistique de costumes mis en situation, j'ai des idées de lieux avec une belle lumière: il faudra que l'on fasse des essais, si une petite balade champêtre te parle. (Bon, on a des châteaux aussi de part chez nous, ils sont un peu plus plouk dans le style ce qui ne gâche rien bien au contraire. Mais comme l’intérêt des photos sera principalement la mise en avant des costumes et les modèles, un fond neutre sans construction humaine me semble plus approprié. On en discutera...)



    Miaou à toi et à peluche.

    Ta sorcière pashisto <3

    PS: en fait, j'avais un compte google. J'étais donc pervertie, dores et déjà, et tu n'as rien à te reprocher.

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  7. hi, plein d'idées cools, j'adore !

    Oui oui on en parlera quand je viendrai : des gens intellectuellement stimulants, chwette !!

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